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Lettres à nos hommes qui sont là-bas

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Du au Théâtre du Grand Rond Mairie de Tournefeuille

Cette critique a été écrite lors de la création de Là-bas à la Cave Poésie en 2008. Le spectacle de Jean-Pierre Tailhade et Didier Dulieux repasse actuellement au Théâtre du Grand Rond à Toulouse (30 septembre au 11 octobre), puis à l’Escale de Tournefeuille (17 octobre).

Des mots de femmes

On lui en a donné l’idée, il l’a tout d’abord différée avant de s’en emparer : ces Lettres de femmes à des soldats au front, dans les tourments bleus et gris de la guerre de 1914/1918, il a commencé par les lire, tout seul, puis devant un public de médiathèques, puis aujourd’hui, mises en scène, en costumes et en musique dans un théâtre où elles trouvent écho dans l’écrin intimiste de la Cave poésie. Tout imprégné d’elles donc, Tailhade jubile de cette littérature qui n’en est pas, mais qui rend au contraire, avec des mots simples, la vie comme elle va : l’absence des hommes, terrés aux tranchées, le quotidien qui transpire le manque, l’amour en veilleuse, le désir sur pause ou au contraire plein de vaille que vaille, de vie quand même, de petits bonheurs compensatoires volés à la guerre, de rires au milieu des larmes. Des pères, des maris, des amants, ils sont tous si loin qu’on peut tout leur dire, le plus drôle comme le plus langoureux, de l’anecdote gratinée (« Bolard s’amuse beaucoup avec les poules à Céline. Ne me demande pas ce qui se passe, j’y ai pas été voir, mais cet idiot là leur abîme le derrière avec ses histoires ») à la détresse pure (« si tu ne viens pas me chercher, je me noierai dans la mare »). Au fil des lettres apparaissent des figures de femmes, jeunes ou vieilles, à la langue bien pendue ou châtiée, qu’on imagine comme on le veut, mais qu’on entend vivre tant les mots disent les voix.

Mots en musique

Des mots donc qui disent à la fois une époque, mais la dépassent, rendant compte des sentiments humains, des petits et grands moments de l’existence, à travers le temps. Pour surtout ne pas illustrer, mais bien accompagner, envelopper, faire entendre les mots. Didier Dulieux, maître d’œuvre à l’accordéon, jouât d’abord dans la rue à Toulouse, avant de devenir le compagnon d’armes des Labbé, Suhubiette, Amestoy bien connus sur la place toulousaine. Tailhade l’entendit plusieurs fois dans son quartier avant de lui proposer de collaborer à un projet théâtral il y a plus de quinze ans. Retrouvailles complices aujourd’hui, Dulieux a composé pour l’heure une partition originale, surtout débarrassée du souci de coller à la narration. Tailhade incarne à lui seul une pléiade de personnages, réinvente des figures ; lui, le musicien, en retrait mais omniprésent fait entendre par son instrument (Tailhade dit de cet accordéon qu’il est « pictural ») le roulement sourd de la guerre au dehors, tout ce bruit qu’on entend de « Là bas » (le titre du spectacle), un au-delà si loin si proche. Pour peaufiner le tout, une belle affiche pleine de lourds nuages gris et néanmoins d’un horizon grand ouvert… faut aller écouter la vie.

www.grand-rond.org

www.mairie-tournefeuille.fr

www.tailhade.com/

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