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Hubert Haddad, l’imagination au pouvoir

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Hubert Haddad réunit
 à Montauban pour les 24e Lettres d’automne plus de 80 écrivains
 et artistes autour de 
« La condition magique ou les pouvoirs de l’imaginaire », fil rouge de son œuvre littéraire.

A chaque édition, l’équipe de Confluences invite un auteur à partager son œuvre et son univers pendant deux semaines. L’œuvre d’Hubert Haddad investit 
tous les genres littéraires, du roman
 à la poésie, des pièces de théâtre
 aux essais sur l’art ou la littérature. L’édition 2014 rebondit sur cette corne d’abondance pour susciter réflexion, enrichissement intérieur et ouverture sur de nouveaux horizons. Un avant- goût avec Hubert Haddad lui-même.

Venir à Montauban pour Les Lettres d’automne 2014, qu’est-ce que ça signifie pour vous ?

Hubert Haddad : C’est d’abord une jolie surprise, pour la confiance accordée et l’enjeu humain. Maintenant j’espère faire découvrir ou mieux connaître des auteurs et des artistes de grande valeur, et une dimension essentielle et souvent dédaignée de notre littérature : l’imaginaire, non pas celui qui est sous-jacent à toute œuvre d’art ou de fiction, comme leur possibilité même (l’imaginaire, c’est l’air que nous respirons, et le feu parfois), mais dans son déploiement aujourd’hui, sous le soleil d’Homère ou Dante, les Mille et Une Nuits ou dame Sei Shonagon, et Shakespeare, Potocki, Emily Brontë, Borges, Poe, Hugo, Nerval, Rimbaud, Daumal, les surréalistes, Pierre-Jean Jouve, Gracq, Mandiargues, Hardellet, combien d’autres…

La condition magique, qui est aussi le titre d’un de vos romans, est un thème qui traverse votre œuvre littéraire… d’où vous vient cet attachement ?

Le réalisme (et ses avatars minimalistes ou autofictionnels) n’est qu’une réduction arbitraire et souvent névrotique de la prodigieuse réalité telle qu’elle nous guette et se déploie dans la conjonction des temps et les espaces. On échappe vite à la superstition d’une réalité univoque et sans relief, notamment par l’expérience poétique et le questionnement philosophique. Notre présence au monde, quand on sort de l’hypnose des conventions et des pouvoirs, est le plus irréfragable des miracles, c’est de la magie pure en soi. Mais il faut se maintenir sur un plan d’éveil critique toujours, et garder à vif le sens de la liberté et l’émerveillement redoutable, celui que rien n’aliène. Nous sommes tous contemporains des mythes, ils sont plus que jamais agissants dans nos rêves et nos croyances, ils structurent l’espace utopique des cultures. C’est d’un usage libre et critique des mythes que procèdent les écrivains de la nouvelle fiction : surtout ne pas abandonner le Graal, la magie de l’instant ou la Liberté aux idéologues et aux doctrinaires !

Dans vos romans, le pouvoir de l’imaginaire ne fantasme pas la réalité, par exemple la guerre dans Palestine ou la catastrophe de Fukushima dans Le peintre d’éventail… Quel est donc son rôle ?

L’imaginaire n’est pas antinomique à la réalité, même la plus actuelle et politique, bien au contraire, c’est par manque d’imagination qu’on se fait la guerre et qu’on nie l’altérité. S’ouvrir à l’océan de l’imaginaire dégage définitivement les perspectives humaines des lâches constrictions et de la violence aveugle. Nous sommes essentiellement êtres de langage et de symboles, tous identiques en un même lieu d’absence rêvée, d’utopie. Et c’est la différence en soi qui nous fonde. L’humain est l’invention ininterrompue de l’humain, dans et par cette dimension océane de l’imaginaire.

Est-ce aussi le critère qui a guidé
 vos choix pour les invités ?

Pour la plupart, il s’agit d’écrivains
 et d’artistes engagés vitalement dans cette dimension transfrontalière et hors normes, profondément humaniste. Michel Le Bris, Leonora Miano, G-O Châteaureynaud, Jean-Marie Blas de Robles, Eric Faye, Serge Pey, Fariba Hachtroudi, James Noël, Marcus Malte, pour en citer quelques-uns, sont tous à l’avant-garde d’une littérature en permanente refondation qui questionne le monde et qui ne saurait pourtant oublier l’impératif de toute fiction, cette « suspension consentie de l’incrédulité » (ou « willing suspension of disbelief ») formulé par Coleridge, qui seule ouvre à l’imagination un déploiement sans limites, loin des diktats et des formalismes d’époque.

Montauban, Tarn-et-Garonne

www.confluences.org/Lettres-d-Automne-Festival

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