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Annie Bozzini, et bien dansez maintenant ?

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Il est dans les tuyaux depuis plus de dix ans, avec un feu vert de principe mais peu d’actes tangibles des municipalités successives : le projet de Cité de la danse devant doter Toulouse d’un lieu dédié est aujourd’hui clairement remis en cause par la nouvelle municipalité.

Ceci alors que le CDC (Centre de développement chorégraphique Toulouse/Midi-Pyrénées), sa cheville ouvrière, fête vingt ans de bons et loyaux services. Dans un contexte où les projets culturels se ramassent à la pelle, le point avec Annie Bozzini, directrice pugnace, mais ouverte au dialogue.

Une question de moyens

Annie Bozzini : Ce projet avait l’aval
 du maire actuel lors de son précédent mandat, il a ensuite été conforté par les Assises de la culture mises en place par la municipalité PS en 2008. Même si ses termes économiques peuvent être revus (dimension, implantation) au regard des restrictions budgétaires, le constat de base ne varie pas. Il y a 35000 spectateurs potentiels pour la danse à Toulouse et toujours pas de lieu dédié pour servir ce public. La programmation de la danse continue d’être éclatée un peu partout et on ne prend pas acte de ce constat. C’est pourtant un objectif évident pour une métropole régionale comme Toulouse. Il n’y a qu’à voir le rayonnement et les retombées financières que génèrent ces lieux pour Montpellier ou Lyon. Mais ces villes n’ont pas la même histoire vis-à-vis de la danse : à Toulouse l’accent est toujours mis sur la musique, au risque d’étrangler tout le reste.

Une question de choix politiques

Annie Bozzini : Le projet de Cité de la danse devait être implanté au cœur de l’Hôpital la Grave. Ce choix était compliqué, ce qui a fait traîner les choses sous la municipalité précédente, et explique qu’il est aujourd’hui facile pour la nouvelle mairie de nous dire non. De plus, la tendance est à une politique culturelle qui privilégie les formes d’art patrimoniales, plus rassurantes. C’est vrai que ce projet était ambitieux pour une ville où la danse contemporaine a été longtemps négligée. Certains choix politiques n’ont jamais été faits, même si l’action du CDC depuis vingt ans a permis d’infléchir cette histoire. Malgré des moyens matériels peu importants, il a inspiré d’autres CDC en région et dessiné les modalités de ce qui devrait être la juste place de la danse dans l’histoire des arts sur ce territoire. Restait à rendre concrètement visible le fruit de ce travail.

20 ans d’efforts du cdc

Annie Bozzini : Nous fêterons en 2015 les vingt ans du CDC et cela nous offre l’occasion d’un bilan, de faire la somme des petites choses défendues dans nos actions pour accompagner la danse en région. Nous avons créé un label national, nous mettons en place chaque année des formations, une saison, un festival (C’est de la danse contemporaine du 21 janvier au 7 février 2015). Nous avons permis à cette ville d’accueillir des danseurs et chorégraphes mondialement reconnus, comme Merce Cunningham, William Forsythe, Robyn Orlin, etc. Tout ceci fera l’objet d’un ouvrage à paraître au printemps. L’idée aujourd’hui, malgré le coup de frein porté au projet, c’est de poursuivre le travail, de continuer à défendre l’idée d’un lieu de représentation de 450 places car c’est vraiment l’accueil du public qui compte. Aujourd’hui la danse à Toulouse n’a pas la visibilité qu’elle mérite, n’en déplaise aux tenants d’une programmation morcelée. Programmer de la danse de cette façon, c’est l’utiliser dans les lieux culturels de la ville comme « produit d’appel », mais contribuer à l’effacement des genres. Et surtout ne jamais donner suite quand la danse réclame son propre lieu.

Le projet redessiné ?

Annie Bozzini : Ce serait de continuer à travers ce lieu dédié à donner au public toulousain une offre de service public digne de ce nom en matière de danse contemporaine : des propositions différentes, diversifiées, qui éloignent le danger de la culture uniformisée qu’on nous propose. Un lieu qui permette à l’école de formation du CDC de fonctionner dans des conditions plus correctes et aux compagnies régionales d’avoir la reconnaissance et les outils qu’elles méritent. Je reste convaincue que le spectacle vivant reste le lieu de la communauté et du partage. Et parmi les disciplines, la danse est probablement l’art le plus vertueux économiquement aujourd’hui. Un lieu pour la danse coûterait cher à la ville certainement, mais tellement moins que d’autres équipements qui restent vides !

www.cdctoulouse.com

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