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Eric Sanjou, Punk à Tutu

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Publié le Arène Théâtre Théâtre 2 l'acte

Côté délicatesse la praline, Le Tutu écrit à la fin du XIXe siècle par une mystérieuse Princesse Sapho n’a rien à voir avec le tulle des jeunes ballerines. Eric Sanjou, fidèle à ses obsessions anarcho-théâtrales, monte ce texte corrosif et déjanté sorti de la naphtaline où il narcolepsait depuis presque un siècle. Au Ring en janvier.

Circulant sous le manteau avant sa re-publication par les éditions Tristram en 1991, l’objet a l’explosive fraîcheur de ce qui a longtemps injustement cherché son public. Explications.

Tutu de Princesse Sapho

© ARÈNE THÉÂTRE

Choc !

Eric Sanjou : Oui, c’est un livre qu’on m’a offert sur la foi irrésistible d’une quatrième de couv au parfum sulfureux, il n’en aura pas fallu plus. Il y a comme ça des cadeaux, des imprévus, et à la première lecture a été un choc. Je le relis tous les ans depuis six ans en tournant autour : par quel bout le prendre pour le faire connaître ? Comment un texte pareil, aussi foisonnant, aussi libre, aussi sulfureux a-t-il pu rester inconnu si longtemps ? Quant on pense que Genonceaux, qui éditait aussi Lautréamont et Rimbaud, l’a publié en 1891, et qu’il a du s’exiler en Belgique, poursuivi pour outrage. On ne plaisantait pas avec la morale à cette époque-là. Et aujourd’hui pas tellement plus (rires)… On revient en arrière niveau bonnes mœurs, on est en pleine régression.

Millefeuilles

Eric Sanjou : C’est un petit texte mais il est plein de couleurs fortes et de niveaux d’écritures différents, tantôt c’est de la littérature qui parle de la littérature, tantôt c’est écrit à la manière d’un texte dramatique, c’est dialogué, c’est raconté, etc. J’aime les œuvres littéraires, les matières textuelles riches, qui me permettent de questionner, de tirer des fils dans tous les sens. C’est ce foisonnement, ce côté baroque du texte initial, ces différents niveaux de lecture qui ont déclenché l’adaptation : j’ai écrit des morceaux de chansons, des numéros de cabaret, des morceaux de tragédie… J’ai essayé de rendre compte de la diversité du texte, de passer en revue tous les registres, d’en tirer le jus et « d’essorer le théâtre » si je puis dire.

Distribution

Eric Sanjou : Sans bons comédiens, qui ne craignent pas l’implication et les mises à nu qu’un tel texte réclame, pas de théâtre. Il y a dans le texte une partie écrite comme une caricature des pièces de l’époque. Les comédiens « essorent » le texte eux-aussi, comme on essaie de tout essorer, de tout vivre dans une vie. Et ce texte, c’est l’histoire d’une poignée de vies complètement folles : celle de Mauri de Noirof, le héros, joué par Romain Blanchard, dont les frasques et les excentricités scandaleuses traversent le Paris de la Belle Époque. Celle de sa mère, Madame de Noirof, une femme superbement décadente jouée par Georges Gaillard. A eux deux ils forment le couple central autour duquel gravite tout un monde : Hermine jouée par Emilie Perrin, la Pondeuse incarnée par Céline Pique, etc. Il y a même… Dieu dans la distribution. Un dieu malmené, las de la quantité d’horreurs laides qu’il voit, et un peu porté sur la boisson.

Moteur

Eric Sanjou : Monter ce texte aujourd’hui, c’est se donner une occasion de dire qu’on peut lutter un peu contre la bêtise ambiante dans laquelle l’humanité se gélatinise peu à peu. C’est un texte qui condamne absolument la bêtise. J’espère que le théâtre peut encore servir à ça ! Ce texte est profondément amoral, car c’est la morale qui nous tue, il faut absolument casser cela. Mme De Noirof renchérit : « la morale n’existe pas, il n’y a que l’instinct et l’instinct est réfractaire au pétrissage ». C’est un spectacle libertaire à partir d’un texte anarchiste, jovialement scandaleux, qui prône la liberté et l’excentricité. Aux antipodes de notre société actuelle qui va de plus en plus vers la fermeture et l’étroitesse d’esprit.

www.arenetheatre.fr
www.theatre2lacte.com

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