Circa 2018
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Arkadi Zaides

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Du au

Le 11e Festival international CDC invite à Toulouse une quinzaine de chorégraphes pour nous faire revivre l’histoire de la danse ou nous faire partager ce que la mémoire de la danse a imprimé dans leurs parcours artistiques.Cette édition aurait donc pu s’intituler Archive, titre du solo très intriguant d’Arkadi Zaides. Rencontre.

Quand nous rencontrons Arkadi Zaides, il vient tout juste d’arriver de Tel Aviv afin de prendre connaissance du studio du CDC, où il va incarner sa dernière création Archive. Il devait aussi faire des repérages à l’ISDAT (Ecole des Beaux-Arts) où il présentera en complément l’installation vidéo Capture Practice.

Vous avez 35 ans, vous avez quitté la Biélorussie, votre pays natal à 11 ans pour aller vivre en Israël. Pourquoi ce départ ?

Arkadi Zaides : Nous vivions tout près de Tchernobyl, ça a été l’occasion pour mes parents d’offrir un meilleur avenir à leurs enfants.

Vous avez dansé dans la célèbre troupe israélienne, la Batsheva Dance Company. Vous êtes indépendant depuis 2004. Pourquoi avez-vous préféré travailler seul ?

Arkadi Zaides : Etre danseur dans cette compagnie ne me satisfaisait plus. Je ressentais en moi l’urgente et absolue nécessité de créer quelque chose tout seul. Dans une grande compagnie, j’étais petit ; j’étais en quête de quelque chose de plus créatif, de plus personnel… puis j’ai travaillé avec des petits groupes et aujourd’hui je suis seul danseur.

Revenons au spectacle multimédia présenté à Toulouse pour la première fois : Archive. Le mot « archive » évoque le passé alors que la situation que vous évoquez reste très actuelle.

Arkadi Zaides : Il s’agit d’archives vivantes. En 2007, l’organisation israélienne pour les Droits de l’Homme B’Tselem a confié des caméras aux Palestiniens volontaires vivant dans les territoires occupés, afin de témoigner des provocations et des brimades qu’ils subissaient quotidiennement. Ainsi s’est créée une base de données qui révèle les violations des Droits de l’Homme subies par ces populations.Ces archives vivantes augmentent de jour en jour. C’est dans ce corpus d’images qu’avec deux collaborateurs j’ai choisi les extraits qui font partie de ma chorégraphie. Je me suis surtout concentré sur les actions de ma communauté parce que je suis israélien et que je dois questionner et faire se questionner ma propre communauté.

Vous évoluez devant et en fonction des images filmées projetées sur l’écran. Votre corps est alors à la place de ceux des Palestiniens en train de filmer. Vous vous mettez vous-même dans une situation inconfortable et ambiguë : la position du Palestinien alors que vous êtes israélien…

Arkadi Zaides : Oui, c’est une position volontairement ambiguë, ça montre mes doutes, mes questionnements. Je suis spectateur de mes propres mouvements… qui s’empilent comme s’empilent les archives. Les images sont cruelles et émouvantes, je ne sur joue pas le drame, j’essaie de garder une distance, mais… malgré ça, les émotions surgissent. Je les laisse venir mais je ne les force pas.

Votre chorégraphie se fait-elle en dialogue, en écho ou en opposition aux images vidéo ?

Arkadi Zaides : Tout ça à la fois, je ne choisis pas les actions violentes mais ce qui est à la périphérie. J’attire l’attention sur des petits détails de la vie quotidienne des Palestiniens, différents de ce qui est montré aux infos à la télévision.

Nous avons parlé des images, mais quel est le rôle du son dans votre travail ?

Arkadi Zaides : Le son est très fort, j’allie les sons aux mouvements, je parle, je crie…

Quiet, votre précédent spectacle a été vu dans 15 pays dans le monde, y compris par Leila Shahid*. Qu’en sera-t-il d’Archive ?

Arkadi Zaides : Sera-t-il vu par des Palestiniens et des Israéliens ?
J’espère. En ce qui concerne les Palestiniens il ne pourra être vu que par ceux de l’étranger.

Archive adresse-t-il un message au public, à tous les publics ?

Arkadi Zaides : Je veux faire passer un message avec ce matériel très spécifique. J’ai réfléchi sur moi-même et je souhaite que les Israéliens réfléchissent sur eux-mêmes, par eux-mêmes.

Êtes-vous un idéaliste ou un utopiste ?

Arkadi Zaides : Plutôt un idéaliste.

Pensez-vous que l’art a un rôle à jouer dans les conflits politiques ?

Arkadi Zaides : C’est une grande question. J’utilise mon corps comme moyen physique pour repenser les choses. L’art ne va pas résoudre le problème, mais c’est un outil pour améliorer le débat. Ça peut changer un petit quelque-chose dans chaque individu : sa façon de voir, sa propre position dans la société.

Propos recueillis par Catherine Huber
Traduction de l’anglais assurée par Germaine Camizuli

Arkadi Zaides Capture Practice

© GADI DAGON

Archive, 5 et 6 février / studio du CDC
Capture Practice, 2 au 6 février / ISDAT
www.cdctoulouse.com
www.arkadizaides.com
*Ex- ambassadrice palestinienne auprès de l’Union européenne

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