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4 artistes témoins de leur temps

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Du au Le Pavillon Blanc

Les Témoins > Le Pavillon Blanc de Colomiers invite quatre artistes trentenaires d’origines et d’engagements artistiques différents mais tous réactifs au « politique »

Radenko Milak est bosniaque et peintre. Mazaccio et Drowilal forment un duo de photographes. Qingmei Yao, chinoise, réside actuellement en France. Enrique Ramirez vit et travaille au Chili.L’exposition s’ouvre sur l’espace investi par le duo Mazaccio et Drowilal qui, après une résidence dans la Silicon Valley en Californie, associe images et sculptures évoquant les conditions de travail soit-disant idylliques des employés de ces entreprises. Ils puisent leurs images dans Google, les transmettent via les réseaux sociaux. Efficacité visuelle, séduction facile. Dans ces entreprises, l’amusement est obligatoire et donc suspect.

L’humour sérieux de la jeune Qingmei Yao alias Professeur Yao s’exprime aussi bien dans ses performances filmées que dans le grand panneau à la fois centralisateur et rhizomatique : La conférence du professeur Yao. Cette toute petite jeune femme a généré un gigantesque panneau plein d’informations, de calculs et de schémas. Elle le manipule comme un chercheur inspiré et joue magistralement avec les métaphores et les symboles. Le professeur Yao n’est-il pas le spécialiste de l’idéogramme chinois datant de 3000 ans avant Jésus Christ, retrouvé en 1921 sur une poterie et qui porte les signes évoquant une faucille et un marteau ? Elle utilise la mystérieuse ressemblance de ses signes antiques avec le symbole du communisme et invente « une fiction critique de l’idéologie communiste». C’est elle aussi qui est allée chanter l’Internationale devant le Casino de Monaco, elle qui a réalisé la performance qui consiste à frotter pendant des heures un billet de 100 € devant les magasins de luxe aux Champs-Elysées, puis dans une banlieue défavorisée. Elle questionne ainsi le geste artistique et sa valeur marchande : le billet de 100 € n’a pas été détruit mais détérioré ou amélioré ? Vendu aux enchères, il coûte maintenant 450 €. Cet humour, « c’est mon engagement, à ma manière». C’est sa façon de vivre la métaphore chinoise : « on utilise les œufs pour casser la pierre».

La pièce d’Enrique Ramirez est d’autant plus forte qu’elle est unique, minimaliste et dans un espace restreint. Une cabine de projection, sombre, un cartel qu’il est indispensable de lire, un hélicoptère au sol dont les pales tournent, prêt à décoller. Il s’agit d’un Bell UH-1D Iroquois. C’est avec cet appareil que les sbires de Pinochet jetaient les opposants à la mer.

Sur la grande cimaise du fond, un ensemble d’images photographiques en noir et blanc évoquent des évènements politiques d’un passé récent. Ce sont des aquarelles peintes par Radenko Milak. Icônes médiatisées que nous connaissons tous, ces photos célèbres sont ici transposées, transfigurées en peinture. Basculement : il y a plus d’un siècle, la photographie remplaçait la peinture. Puis, il y a 20 ans, on annonçait la mort de la peinture. Avec Radenko Milak, « la peinture permet de donner de la profondeur à ce qui n’était que visuel ». L’œuvre est ici hallucinante et, outre l’extraordinaire virtuosité picturale, c’est l’installation, l’accumulation qui fait œuvre… et qui fait sens.

 

www.pavillonblanc-colomiers.fr

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