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Laurent Pelly

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Après L’Amour des Trois Oranges qu’il créa à l’opéra, Laurent Pelly s’était juré de revenir à Carlo Gozzi, auteur du siècle des Lumières vénitien, rival du célèbre Goldoni. C’est chose faite avec L’Oiseau vert qui offre un rôle en or à la grande comédienne Marilu Marini. Interview croisée.

« Il y a dix-neuf ans que Tartaglia, le roi hypocondriaque est parti à la guerre… dix-huit ans que sa femme, la reine Ninetta, sortie d’une des trois oranges, a été enterrée vivante par la vieille peau de reine-mère, la terrible Tartagliona, dans un trou sous l’évier des cuisines du palais… », ainsi commence L’Augellino belverde que Gozzi a écrit en 1765 et qu’Agathe Mélinand a traduit intégralement pour cette création.

Oiseaux rebelles

Travailler ensemble

Laurent Pelly : J’avais vraiment en tête depuis une dizaine d’années de monter cette comédie de Gozzi. C’est un auteur dont la liberté de ton et d’écriture a inspiré des tas de gens, des romantiques allemands aux auteurs de contes fantastiques… Et j’ai très vite pensé à Marilu pour incarner la reine-mère Tartagliona. C’est un rôle démesuré dans lequel j’étais certain qu’elle amènerait un style. Ce style précisément que je voulais insuffler à L’Oiseau vert.

Marilu Marini : J’avais moi aussi très envie de cette collaboration avec Laurent, pas seulement parce que j’aimais ses mises en scène mais parce que je pense que nous partageons la vision du théâtre comme un artisanat, un travail qui se façonne jour après jour, auquel on enlève, on ajoute, jusqu’au dernier moment.

Raconter des histoire

L.P. : L’Oiseau vert est un monstre théâtral où tous les registres et les formes voisinent. C’est un conte imprégné de commedia dell’arte, ponctué de lazzi, de vers rimés, de dialogues, un voyage très fantaisiste. On change sans cesse de lieu, de temps, le comique se mêle au féérique, le trivial au philosophique, le magique au réalisme, mais c’est aussi et surtout une grande fresque sur l’humanité.

M.M. : Oui, on y retrouve la dimension de ce qu’est vraiment le théâtre : un endroit où un membre de la tribu humaine vient raconter une histoire aux autres. Nous, comédiens, sommes des miroirs. Notre mission, c’est de faire que le public s’amuse mais aussi d’ouvrir des portes sur l’inconscient. Que la pensée circule, sans rester dans l’intellect, qu’elle descende vers le cœur, le corps. Que cela fasse bouger l’émotion et laisse le même sentiment au spectateur qu’un enfant à qui on lit un conte.

Faire vivre des personnage

L.P. : L’Oiseau vert est un puzzle, une œuvre chorale où tous les personnages apportent leur pierre à l’histoire. Il y est question, comme dans les contes de fée, de la transmission, de la parenté, de l’inceste, de l’amour, de la jalousie… mais avec beaucoup de liberté et d’humour. C’est délirant, Gozzi se moque de ses personnages sans arrêt. Il y a une ironie permanente, ce qui inscrit la fable philosophique dans le divertissement.

M.M. : Mon personnage par exemple incarne le mal, la mesquinerie, n’a aucun amour pour rien et manque totalement de recul sur elle-même. Elle a une image grandiose de sa personne qui prête à rire, car ce qui est le plus érotisé chez elle, c’est le pouvoir. Mais tout en s’en moquant, Gozzi nous fait réfléchir à nos relations aux autres, à notre regard sur nous-mêmes, il nous invite à une petite psychanalyse (rires) !

Rendre visible

L.P. : Sur ce projet, ce qui m’intéressait avant tout, c’était de chercher des mécaniques poétiques de mise en scène, pas d’aller vers la prouesse technique. L’essentiel, c’est la façon dont l’acteur fait naître l’émotion, ce qu’on entend et comment mieux recevoir le texte. Ce qui porte les mots plutôt que ce qui les brouille, c’est cela le plus difficile à régler dans la forme comique, celle que je préfère.

M.M. : Le théâtre est bâti sur une convention du langage : sur scène, une chose existe dès qu’on la nomme. Et Gozzi construit l’action comme Hitchcock le fait pour ses films : le public sait des choses dès le départ, mais il avance dans cette histoire vertigineuse avec du suspense, en restant constamment impliqué et complice de l’histoire, comme des enfants au spectacle de Guignol.

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