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Quand l’Ulysse d’Homère rencontre l’Ulysse de Joyce

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ODYSSÉES DE PRINTEMPS > Au théâtre du Pavé, Pascal Papini met en scène son complice Francis Azéma dans des morceaux choisis de l’Odyssée. Récidive à la fin du mois avec le monologue de Molly Bloom, dernier chapitre de l’Ulysse de Joyce auquel s’attaque Isabelle Luccioni au Théâtre Garonne. Points de vue croisés.

Heureux qui comme Ulysse…

En choisissant les Chants où Ulysse arrive chez le roi Alcinoos, Pascal Papini et Francis Azéma ont souhaité privilégier le récit, l’aventure et le plaisir du texte. Selon Papini, « l’œuvre est connue sans l’être, puisque nombre de personnes ne l’ont jamais lue. C’est un texte fondateur que peu de gens connaissent et nous voulions lui donner un écrin».

Accompagné du musicien Lakhdar Hanou, le comédien « ne joue pas Ulysse de bout en bout mais alterne le dire, l’adresse directe, l’incarnation, le conte, tandis que le récit est ponctué de pauses musicales comme l’était la mélopée d’origine.  La scénographie prend l’aspect de l’assemblée chez Alcinoos et l’histoire, accompagnée par les consonances méditerranéennes du oud, rend hommage à la musicalité superbe de la traduction du poète Philippe Jaccottet qui a su retrouver dans son écriture la liberté des vers d’Homère».

Une musicalité dont on peut dire qu’elle imprègne aussi à sa manière l’œuvre foisonnante qu’en a tiré James Joyce, grand admirateur d’Homère, qui a réécrit l’Odyssée sous forme du récit feuilletonnesque d’une seule journée dans la vie de son héros Leopold Bloom. Dans le dernier chapitre, célèbre pour son caractère sulfureux (interdit à sa parution, pour pornographie, dans les années 20), c’est Molly, l’épouse de Leopold qui s’exprime.

Chloé Chevalier interprète cette femme qui selon Pascal Papini « livre sa pensée, ses inquiétudes à travers ces cinquante pages écrites sans points ni virgules. Ce texte, écrit par un homme il y a un siècle, est une parole de femme, très libre, très contemporaine, un des premiers monologues intérieurs de la littérature où s’expriment fantasmes et désir de briser les carcans. Nous avons travaillé deux ans sur l’adaptation avec la comédienne et déjà présenté le spectacle à Avignon et en résidences. Le texte oscille entre la pensée à voix haute et l’adresse au public. Il est porteur d’une grande modernité ».

… à la rencontre de Molly, femme libre

Partant de la même base, le même chapitre de l’Ulysse de Joyce, la même traduction de Tiphaine Samoyault, Isabelle Luccioni comédienne se met elle-même en scène dans une vision très différente de Molly. Une belle occasion pour le spectateur d’aller expérimenter ce qu’est le travail de création, en confrontant deux points de vue artistiques.

Pour Isabelle Luccioni « ce texte écrit sans ponctuation, qui n’est pas un texte de théâtre, permet tous les regards possibles, autant de propositions que de metteurs en scène et d’artistes. Le point de vue naît de l’adaptation. Adapter ce n’est pas seulement raccourcir, mais faire des choix en fonction de ce que l’on veut dire. Et aller de l’analyse littéraire de départ vers la mise en images du plateau ».

Des mois de travail quotidien, des échanges avec la traductrice de Joyce, des chassés croisés de regards extérieurs et l’implication de toute une équipe, le spectacle est « son bébé », elle qui retrouve là le plaisir et la mise en danger du jeu après une longue période comme metteur en scène.

Pour elle, «le fait que le monologue de cette femme ait été écrit par un homme est certes intéressant –c’est un texte très rock’n roll, cela parle du corps, du désir, c’est assez excitant à dire pour une femme– mais il faut aller plus loin que ça, vers quelque chose d’encore plus grand, d’universel. Notamment en centrant le travail sur la forme, pour retrouver la liberté, le tempo, le rythme de l’écriture de Joyce. C’est presque un opéra parlé ! C’est une pensée intérieure plus qu’un monologue. Molly est traversée par ses pensées, ses émotions, ses souvenirs et je veux retrouver ce flux en plongeant le spectateur dans un univers un peu somnambulique où c’est son imaginaire qui travaille ».

Image Odyssées de printemps

En savoir plus : www.theatregaronne.com et www.theatredupave.org

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