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Jean-Christophe Meurisse

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Les armoires normandes

DES CHIENS INDOMPTABLES > L’humour est une chose sérieuse. On ne rigole pas avec ça chez les Chiens de Navarre. Dans Les armoires normandes, du 9 au 11 Avril au Théatre Sorano, ils nous parlent d’amour et de sexe, refusant toujours de fixer une forme définitive, laissant libre court à l’improvisation.

Depuis 2005, le collectif Les chiens de Navarre s’est imposé dans le paysage théâtral français, avec leur esprit féroce, pointant sans détour les travers (nombreux) de notre société contemporaine. Rencontre avec celui qui se dit arbitre des dix comédiens sur le plateau, monteur ou encore chef d’orchestre, mais pas metteur en scène au sens classique du terme.

Vous vous emparez d’un des sujets les plus traités au théâtre : l’amour. Comment ?

Jean-Christophe Meurisse : On en avait envie depuis plusieurs années. C’est la première fois qu’on débute notre travail à partir d’un thème. D’habitude, notre art est de construire en partant du vide. Là, on voulait aborder un sujet beaucoup plus intime. Les comédiens sont auteurs de ce qu’ils racontent sur scène. L’occasion d’engager leurs propres histoires et de les mélanger à ce que pourrait être aujourd’hui le langage de l’amour. Koltès dit qu’on ne parle pas de la même manière selon l’époque à laquelle nous vivons. Et s’il est vrai que Marivaux parlait beaucoup d’amour, la façon dont il le faisait ne m’intéresse pas. Nous sommes des gens d’aujourd’hui. On s’est donc emparé de toutes nos misères et joies affectives, également sexuelles.

Au commencement était le verbe. Le texte : la contrainte de trop au théâtre ?

J-C M : Le texte figé oui. Mais attention, les Chiens de Navarre sont très bavards ! Le théâtre devient trop littérature. A mes débuts, on se demandait toujours « Qu’est-ce qu’on monte ? ». On devait passer obligatoirement par un texte pour exprimer une nécessité. Alors qu’on n’est pas obligé de piocher dans une bibliothèque pour faire du théâtre. Cette démarche n’est même pas originale mais originelle. Dans le théâtre grec, les artistes improvisaient ensemble, sans passer par un auteur. Nous improvisons pour construire notre écriture de plateau, les dialogues changent tous les soirs et cela n’empêche pas la pensée et la dramaturgie. Le spectacle évolue tout le temps. On cherche le vrai, la vie. Ne dit-on pas spectacle vivant ? Il devrait en être ainsi dans toutes les mises en scène.

Travailler en collectif, pas de façon pyramidale : une configuration volontairement politique ?

J-C M : Pas un manifeste de départ mais effectivement, c’est une manière de travailler plus utopiste. Même si ce n’est pas facile. Chacun n’est pas seulement acteur et je ne suis pas juste metteur en scène. Nous avons plus d’autonomie, de responsabilité et une autre écoute entre nous. Au final, c’est politique. L’art doit être un modèle. Ce n’est pas innocent si aujourd’hui il y a de plus en plus de collectifs.

 Peut-on encore bousculer au théâtre ?

J-C M : J’espère que oui. C’est l’expression de nos colères, nos mélancolies, nos désirs. Tout se transforme chez nous, avec le rire et l’idiotie. Cette distance nous est nécessaire pour survivre. Le rire est catharsis, résistance, distance vitale. Il y a toujours un fond souterrain, très présent dans Les armoires normandes, on raconte des choses tristes avec le rire.

Seriez-vous des caricaturistes ?

J-C M : Dès qu’il y a de l’humour, il y a caricature. La satire est présente dans notre travail mais sans jugement. Personne n’est sauvé, ni nous, ni le public. C’est plus complexe. La caricature, les spectateurs la fabriquent, par leurs regards et leurs projections. Le spectacle commence avec un Christ rieur. Il n’y a pas de provocation, pas de blasphème même si aujourd’hui, ça cristallise, ça crispe. Nous cherchons l’in-tranquillité : pas de narration, pas d’intrigue, pas de personnage, on peut être pris par plusieurs émotions. Pour nous, l’art est fait pour déranger, pas pour éduquer.

Et ces armoires normandes, un cadeau de famille un peu encombrant ?

J-C M : Oui, c’est quelque chose que l’on se transmet lorsque l’on se marie. Très généalogique et très français. J’aime l’objet et son appellation. Un titre ouvert à multiples interprétations, comme notre spectacle.

En savoir pluswww.sorano-julesjulien.toulouse.fr/

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