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3 souvenirs de ma jeunesse

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Sortie en salle le

Et si on s’était trompé sur Arnaud Desplechin ? Il avait pourtant donné quelques coups de klaxon avec des films comme Esther Kahn ou Jimmy P. parenthèses étrangères comme autant d’indices d’un penchant pour une culture anglo-saxonne ou américaine, loin de cette image de parangon du cinéma d’auteur français égocentré. Quoique celle-ci ait fini par vaciller avec Rois et Reine ou Un conte de noël, films denses et intenses qui l’ont rapproché du travail d’un Patrice Chéreau, ne serait-ce que sur le principe d’une troupe d’acteurs. 3 souvenirs de ma jeunesse fait un pas de plus vers des envies de rencontre, entre une variation sur l’autobiographie, non pas de Desplechin (encore que… si, comme les échos le laissent entendre, ses films s’inspirent en filigrane de certains aspects de sa vie) mais de ses personnages, voire de ses films. 3 souvenirs de ma jeunesse tient à la fois du film-somme et d’un best-of, en allant piocher dans La sentinelle, Comment je me suis disputé ou Un conte de noël pour rédiger des chapitres restés jusque-là inédits qui formeraient un nouveau tout. En quelque sorte une alliance entre une tradition du romanesque, du feuilletonnesque à la française et celle, plus américaine, du prequel. Ce principe de compléter un film existant, nourrir son passé, est devenu une routine du cinéma américain. Une œuvre imposante, et a priori unique dans le cinéma français contemporain, à mi-chemin entre madeleine de Proust et liberté hollywoodienne. 3 souvenirs de ma jeunesse est d’une incroyable beauté quand il en appelle finalement au droit de revenir en arrière tout en racontant comment quelques jeunes gens vont de l’avant, au gré de leurs premières amours. Voici clairement un film qui assume son besoin de fuite, de réécriture. Tout ce qu’on avait calqué sur le cinéma de Desplechin au travers de Mathieu Amalric, son acteur récurrent, prend un autre sens avec l’irruption de Quentin Dolmaire qui joue Paul Dedalus jeune. Un ado d’aujourd’hui, avec sa fougue contemporaine pour incarner un personnage d’hier. Une idée beaucoup plus folle qu’on ne pourrait le penser, quand la virginité de Dolmaire, dont ce sont les premiers pas à l’écran, impulse un second souffle à Dedalus, le transforme à rebours en alter-ego du Antoine Doinel de Truffaut. Surtout quand 3 souvenirs de ma jeunesse raconte comment ce jeune homme est farouchement attaché aux valeurs de la jeunesse, même quand elles l’empêchent de vivre pleinement l’amour. Desplechin peut à travers lui enfin trouver le souffle romanesque qui manquait à l’univers de Dedalus dans Comment je me suis disputé, film rigidement coincé dans une vision adulte du monde. Réinventer sa vie (celle du personnage comme celle du réalisateur, qu’importe) par la puissance évocatrice du cinéma, est un geste inattendu ces temps-ci. Plus que ses comédiens, tous remarquables, ou la cohésion d’un film pourtant tout en ruptures de ton, 3 souvenirs de ma jeunesse trouve une terrassante noblesse.

Distributeur : Le Pacte

A voir cette semaine :

> au cinéma l’Utopia de Tournefeuille

> au cinéma l’ABC

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