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Cultures en mouvements

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Le Musée des Augustins Musée Saint-Raymond

Culture en Mouvements propose ce mois-ci deux invasions muséales, l’une au Musée des Augustins et l’autre à Saint-Raymond, musée des Antiques à Toulouse. Deux déambulations in situ singulières, intrigantes et festives.
> les musées autrement.

La compagnie toulousaine cultive un art de l’instant présent, s’approprie des patrimoines existants pour nous les (re)faire découvrir. Rencontre avec Albin Warette, auteur, metteur en scène et comédien, gourmand et touche-à-tout.

Culture en Mouvements, au pluriel ?

Albin Warette : L’idée, c’est que la culture ne prend pas qu’une seule forme. Le mot pluridisciplinaire ne nous plaît pas. Par contre, mouvements au pluriel, oui. Les arts sont des modes d’échange. Théâtre, cirque, vidéo, danse : on s’approprie ce qui nous semble le plus évident, selon les projets.

Vous êtes habitués des lieux non conventionnels. Qu’est-ce qui vous pousse à ces « invasions artistiques » ?

A. W : Il y a l’art enfermé chez soi et celui qui cherche à voir « ailleurs ». Nous nous situons là, dans une éducation populaire. On invite la population à consommer – au sens noble du terme – des objets artistiques. Le piège est de ne pas se dénaturer en voulant plaire à tout le monde. Il y a peu, nous étions à Lisieux pour un spectacle commémoratif à grande échelle. J’ai beaucoup enquêté, interrogé les habitants sur les bombardements, l’exode, la reconstruction, les évolutions depuis 70 ans. Macro-histoire et micros-histoires. C’est toujours cette même démarche, à savoir aller sur site et faire.

Rendre la culture accessible au plus grand nombre. Pourquoi ?

A. W : C’est vital, face à une obscurité, pour ne pas dire un obscurantisme. Il y a une chape dans notre société. On peut citer les mots « crise », « récession », « insécurité », « malaise », « montée de l’extrême droite ». Je crois pourtant que nous avons un amour du partage et de l’échange. Il suffit d’aller le chercher, le titiller. La culture est un vecteur. Les spectateurs partagent, se regardent et échangent. L’art aide à faire un pas de côté et à élargir sa vision du monde.

Comment faire pour que le public ressente ce besoin d’art ?

A. W : On peut revenir à l’histoire du colibri : je fais de mon mieux en espérant qu’un comportement actif génère d’autres comportements actifs. J’adorerais que l’on ait tous le karma de Gandhi et que l’on puisse soulever des montagnes. Mais déjà, si chacun soulevait un caillou ? Je n’ai pas la solution, par contre j’ai une petite chandelle allumée, j’essaie de la maintenir et d’aller dans une direction. Je reste optimiste mais aussi très pragmatique lorsque j’arrive sur le terrain. Pour une invasion muséale qui s’adresse à des adolescents, je leur déconseille de venir. Le résultat est qu’à chaque fois, nous avons une dizaine de jeunes présents.

Vous investissez deux musées. Créez-vous « avec », « pour » ou « dans » ?

A. W : Les trois à la fois. Un musée est une entité vivante. D’abord « avec » les personnes qui y travaillent, celles qui gèrent les collections, la communication. Leur priorité est différente de la mienne. Quand je construis « avec » eux, ils s’imaginent que je construis « pour » et ils ont raison. Nous valorisons les œuvres. « Dans », car il faut respecter les lieux. Les « invasions muséales », c’est comprendre le lieu, d’un point de vue patrimonial mais aussi capter comment les gens qui l’occupent se le sont appropriés. Après, on peut s’écouter et se demander « qu’est-ce que je vois dans ces murs ? ». La partie la plus drôle. A nous de proposer. Et il y a plein de possibilités !

Du cirque par exemple ?

A. W : Oui, parce qu’il y a de grands espaces. On peut bouger, faire de la jonglerie. Le grand escalier est propice à l’installation d’un tissu aérien. Une fois la contrainte technique dépassée, ça marche et épouse complètement le lieu. Le plus beau des compliments que nous avons reçu est venu d’une petite fille qui a ri avec nous toute la visite et qui, à la sortie, nous a dit « il est beau ce musée !».

« Da Vinci Party » ?

A. W : Ce sont des visites qui font peur : le soir, à la lampe de poche, avec une intrigue pour créer de l’interaction. Les spectateurs sont invités à entrer dans notre jeu et devenir membres d’un forum ésotérique pour une rencontre IRL « in real life ». Les deux guides sont les modérateurs du forum. Nous lançons des débats, tentons de prouver qu’il existe une société secrète aux Augustins. L’ambiance est complètement folle. Les gens se tutoient alors qu’ils ne se connaissent pas. Sous couvert d’une énigme à résoudre, nous donnons beaucoup d’informations historiques réelles, sur les œuvres et l’histoire du musée. On quitte la visite avec un véritable panorama du XIXe à Toulouse.

« Surprise(s) Party ». L’idée de « fête » là encore ?

A. W : Ce sera au sens premier du terme : entrer de nuit dans un musée et s’y amuser. La nuit européenne des musées a ses contraintes : pouvoir accueillir beaucoup de visiteurs et laisser une libre circulation. Les espaces étant petits, nous ne pouvons pas créer de véritables espaces scéniques. Le musée Saint-Raymond compte beaucoup d’œuvres et j’avais envie de les utiliser. Et plutôt que de mettre seulement les œuvres à la fête, je me suis demandé, pourquoi ce ne serait pas les œuvres qui feraient la fête ? Nous transformons la nécropole qui se trouve sous le musée Saint-Raymond, en boîtes de nuit de l’époque romaine avec musiques, lumières, ambiances spéciales. On utilise le patrimoine pour faire autre chose, nous détournons les œuvres. Et si les statues étaient vivantes, si elles s’amusaient ? Mais je ne livre pas tous les détails, il faut venir voir…

Les 4 et 5 juin, Les Jacobins ré-ouvrent, après travaux. Vous participez à l’inauguration.

A. W : Nous allons réaliser une installation intitulée « Flâneries d’un soir d’été ». Ce sera une invitation au voyage dans les arts. Nous allons transformer les lieux et réaliser à divers endroits, des propositions intimistes. Les spectateurs seront libres de s’arrêter le temps qu’ils souhaiteront. Pas un spectacle au long court donc, mais de petits moments à picorer. Libre à chacun de s’installer ou partir.

Des projets en gestation ?

A. W : L’expérience que nous avons eue à Lisieux est la somme de tous les autres. L’appropriation d’un patrimoine à l’échelle d’une ville. Créer un projet original, traduire notre écriture en acte spectaculaire, être dans l’espace public, faire vibrer, être populaire et donner du sens.

Peut-être un projet cirque avec le Brésil prochainement ?

A. W : Le cirque toulousain est extraordinaire. Un savoir-faire qui s’exporte. Je pense que Toulouse souffre parfois d’un manque de considération de ses artistes. Beaucoup de choses faites à Toulouse voyagent aux quatre coins du monde. Airbus le fait à sa façon. Le milieu artistique aussi !

 

Toutes les dates :

En savoir plus : http://culturemouvements.org

 

 

 

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