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Un fils de notre temps / Liliom

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Artiste associé au TNT la saison dernière, Jean Bellorini est aujourd’hui à la tête du Théâtre Gérard Philippe. Après Rabelais et Brecht, il revient à Toulouse ce mois-ci avec deux spectacles en miroir, Liliom et Un fils de notre temps. Interview.

Très impliqué dans un théâtre populaire au sens noble du terme, il évoque le désengagement de l’Etat en matière de culture.

CULTURE EN DANGER

Jean Bellorini : Quinze ans qu’on déconstruit ce qui a été bâti les quarante années précédentes ; les structures culturelles ne peuvent plus fonctionner sur l’ancien modèle. Les politiques n’ont pas réalimenté le sens et il y a un vrai krach des mentalités. Jamais l’on ne fut plus retranché sur soi qu’aujourd’hui, et pourtant on a eu la preuve avec les attentats de janvier dernier qu’il est plus que jamais nécessaire de réfléchir tous ensemble et de trouver du sens commun.

“Le théâtre sert à cela et ça résonne très fort avec les deux textes que je présente à Toulouse, Liliom et Un fils de notre temps”

DUO DE PIECES

Les deux textes en question se répondent, ça a vraiment du sens de les voir à la suite. Pourtant Liliom a été créé en juin 2013 à Montpellier et Un fils de notre temps est né plus tard, du travail mené avec les comédiens de l’Atelier Volant lors de ma résidence au TNT. Liliom me donne l’occasion de mettre en scène une grande forme sur un grand plateau, d’être à nouveau impressionné et enthousiasmé par la beauté du théâtre quand il est un peu démesuré. Avec Un fils de notre temps au contraire, on est dans une forme légère, qui s’adapte facilement (en terme de forme, de moyens) à des endroits qui ne sont pas des théâtres, comme des lieux associatifs, des MJC, etc.

“Apporter le théâtre partout, poursuivre la décentralisation, c’est remplir une mission de service public, au même titre qu’amener aux gens de l’électricité. Pour moi, grande ou petite forme, c’est le même artisanat qui est à l’œuvre. Le principal, c’est de continuer à (se) raconter des histoires”

DEBATS D’IDEES

Ces deux textes ont été écrits à deux époques pas si éloignées l’une de l’autre, et finalement assez semblables à la nôtre. Liliom est écrit dans le monde des forains hongrois, où le chômage pointe pour un jeune bonimenteur. Un fils de notre temps met en scène un jeune paumé allemand qui s’engage comme soldat et se perd dans l’extrémisme qui précède la deuxième guerre mondiale. Qui est-on ? Que fait-on de sa vie ? Ces deux textes sont des hymnes nostalgiques à une existence rêvée qui a perdu tout son sens. Ce sont aussi des hymnes à la parole, ici la parole absente, en creux, celle qui manque à ces hommes qui deviennent violents et foncent droit dans le mur. Pour moi, le théâtre est le lieu de la parole : les mots, la poésie sont les seuls endroits de la multiplicité des sens, qui nous donne conscience de ce que l’on est.

 

RESTER ESPERANTS

La perte des mots fait écho avec l’actualité : 1937-2015, ça n’est pas si loin. Tout aujourd’hui va vers les extrêmes, vers le rejet de l’autre. Etre l’autre, être Charlie, c’est accepter d’entrer dans la peau d’un autre et c’est l’une des définitions du théâtre d’ailleurs. Le théâtre, ce sont des hommes qui parlent à d’autres hommes, qui essayent de mener une réflexion commune. Bien sûr, ces deux pièces sont tragiques, elles ont toutes les deux des fins très noires. Mais le simple fait d’en faire du théâtre est lumineux. C’est ce partage, cette façon de faire artisanale qui redonne espoir et foi en l’homme. Réfléchir ensemble à la complexité de l’être humain, de ses sentiments, c’est espérant !

 

Image un fils de notre temps

© UN FILS -A. RAFFALLI

 

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