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Et sur la rive gauche, un peu à l’écart…

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Du au

Ce spectacle présenté à la Cave poésie rend compte, à travers ses nombreux auteurs de cinq siècles d’histoire bosniaque.

Et sur la rive gauche, un peu à l’écart… repose sur un montage de textes : romans, nouvelles et contes bosniaques. Deux voix féminines, celles de Sara Perrin-Sarić (spécialiste et traductrice de théâtre en langue serbe, croate et bosnienne) et Claire de Beaumont nous livrent une fable de l’Orient, dans laquelle se rencontrent musulmans, juifs et chrétiens.

Après une version déambulatoire présentée au Fil à Plomb en 2012, la chanteuse et musicienne Emilie Cadiou rejoint le projet avec des chants traditionnels de « sevdalinka », cette musique née de la rencontre entre la culture balkanique et le fado ramené d’Espagne par les juifs fuyant leur pays (XVe siècle).

Le spectacle rend compte, à travers ses nombreux auteurs -Aleksandar Hemon, Miljenlo Jergović, Ozren Kebo, MeŠa Selimović et SaŠa StaniŠić- de cinq siècles d’histoire bosniaque. Il s’attache avant tout aux hommes qui ont parcouru la Bosnie. Le fil rouge choisi par la compagnie est Le pont sur la Drina d’Ivo Andrić, qui a reçu le prix Nobel de littérature en 1961. Le pont, nous dit le Coran, est la plus sacrée des œuvres. Or la Bosnie est traversée par de nombreux ponts, parmi lesquels cette célèbre construction de Mehmed Pacha (photo).

Sur cette « rive gauche un peu à l’écart » se joue l’expression de nombreuses douleurs. Les verres se remplissent, les langues se délient, nous offrant des histoires souvent cruelles. On rencontre Djemaïl dit « l’ivrogne », Salih « le doux imbécile », Edin « le superstitieux ». Nina Chataignier, metteure en scène du spectacle, a cherché la forme la plus juste. Ce sera le conte « ancestral et dépassant l’intellect pour s’inscrire dans les corps ». Poétique et direct, le spectacle offre de l’émotion, de l’effroi mais aussi du rire. « Les textes choisis par Sara m’ont impressionnée de prime abord. J’avais peur de déformer ou de trahir cette parole, moi qui ne suis ni bosniaque, ni spécialiste d’histoire et de géopolitique ». Après avoir dépassé ces appréhensions, c’est sans relâche qu’elles travaillent, à la table puis sur le plateau, pour rendre ces écritures vivantes et rythmées. Une attention particulière est portée aux spectateurs. Pour les laisser déployer leur imaginaire, la mise en scène est construite dans l’épure, ne cherchant pas à représenter des lieux précis. Des ponts, encore et toujours, plutôt que des murs…

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