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Coraline Lamaison, metteuse en scène et comédienne.

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Publié le Caroline Lamaison portrait

Venue à la scène par le théâtre, Coraline Lamaison a été comédienne avant d’être danseuse et chorégraphe. Ses spectacles sont traversés de questionnements qui feraient les beaux jours d’un auteur dramatique. La mort des sentiments au Théâtre Sorano, où elle est artiste associée, est un spectacle-manifeste pour un lyrisme engagé qui prend son propre titre à rebours.

Avant toute chose, un avis sur le projet (compromis) de la Cité de la danse ?

Coraline Lamaison : J’espère, et de nombreux acteurs de la danse à Toulouse et en région avec moi (Bouziane Bouteldja de la Compagnie Dans6t de Tarbes l’accompagne) que le projet porté par Annie Bozzini aura une suite. Les professionnels de la danse, les chorégraphes du cru ont travaillé en ce sens et attendent depuis longtemps un lieu dédié qui rassemble leurs espoirs. Un lieu qui permette à la danse d’être véritablement programmée, par de bons programmateurs, et non comme c’est le cas aujourd’hui de façon sporadique. Des villes comme Montpellier ont su mettre des artistes à la tête de leurs grands lieux culturels, comme Rodrigo Garcia. Il n’y a pas cette dimension subversive à Toulouse.
La danse contemporaine est pourtant l’art le plus créatif d’aujourd’hui, celui qui touche toutes les disciplines, la danse, le théâtre mais aussi les arts plastiques et la performance.

Cette réflexion implique-t-elle pour vous, artistes, une nouvelle façon de créer et de diffuser ?

Coraline Lamaison : Oui, il faut mettre en place des stratégies différentes de celles qu’on a connues, les logiques de subventions sont obsolètes. Il faut absolument
reposer les termes de notre manière de travailler : on a besoin de supprimer des intermédiaires entre les artistes et les moyens. Avoir un espace pour créer, se solidariser en réseaux, ralentir, réfléchir et retrouver une liberté de parole qu’on a perdue. Aujourd’hui ce sont les programmateurs qui disent aux artistes ce qu’ils doivent faire ! Les grands programmateurs qui soutenaient les créateurs sont partis à la retraite. Il faut s’extraire de ces fonctionnements pour retrouver une exigence éthique. J’ai gardé de mes collaborations avec Jan Fabre sa liberté de ton. Il y a pour moi une nécessité absolue à mettre en place des actions de résistance, avec subversion et humour.

Ton travail actuel porte pourtant un titre en apparence pessimiste…

Coraline Lamaison : Le cycle Narcisses que j’ai mené de 2009 à 2011 questionnait l’intime, le singulier. Là, j’ai voulu observer des comportements sociétaux et leur évolution.
Le premier volet, Vulnérables, était une étape dans laquelle il y avait très peu de narration, une forme brute sur la façon dont les gens percevaient les émotions mises à nu. Je cherchais à tester la catharsis comme une matière chorégraphique. Puis on a travaillé sur le discours et on a eu besoin de retrouver des fondamentaux. En effet, dans le groupe la différence des âges (des très jeunes, 22 ans, aux plus âgés, la cinquantaine), a fait surgir un écart entre les réactions, les visions du monde et des façons différentes de vivre les sentiments. Cet écart a donné naissance à une relecture des choses, une redéfinition des événements, qui a enrichi le spectacle d’expériences (un voyage fondateur à Birkenau notamment), de citations et de textes classiques. Mon travail a toujours été centré sur l’émotionnel et sur l’interprète.
Et aujourd’hui, plus que jamais, j’ai envie de lyrisme et de poésie. La mort des sentiments est un spectacle où l’on prend le temps. Simple, lisible, plein de tendresse et d’amour.

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