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Aurélien Bory, metteur en scène et chorégraphe

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Bory Aurelien

 

 

 

 

C’est votre premier opéra. Vos impressions ?

Aurélien Bory : Ce qui m’intéresse, c’est d’ouvrir le spectre des arts vivants, me situer dans une zone nouvelle avec un regard parfois candide. Ici, il s’agit de la relation avec la musique, les chanteurs… A ce jour, l’enjeu reste entier. Le but est dans le surgissement soudain de la forme.

Le Prisonnier et Le Château de Barbe-Bleue sont associées. Pourquoi ?

Aurélien Bory : C’est une proposition de Frédéric Chambert, directeur artistique du Théâtre du Capitole. J’ai réfléchi à comment les séparer tout en les réunissant. Ce qui les oppose : la première est dans le malléable, l’autre dans la dureté. Le Prisonnier voyage dans des perceptions troublées, entre illusions et apparitions. Pour Le Château de Barbe-Bleue, j’ai pensé à un mobile composé uniquement de portes. Judith va se confronter à ce mur qui n’est autre que Barbe-Bleue lui-même. Elle tente de trouver des ouvertures, de faire entrer la lumière. Mon dispositif, ni décoratif, ni anecdotique, vient prolonger le livret original de Bartók.

Ces œuvres sont présentées comme « deux ouvrages éminemment humains, humanistes même, devrions-nous dire, œuvres politiques autant que musicales ». Quelle place occupent ces aspects dans votre mise en scène ?

Aurélien Bory : Le regard politique ne m’a pas paru l’axe majeur. Le Prisonnier est un chemin vers la mort. Le récit a un fond politique puisqu’il se situe sous l’inquisition espagnole. Je n’y trouve pas de dénonciation forte mais bien un parcours initiatique. Dans Le Château, il y a une vision très pessimiste de la relation homme-femme. Pouvons-nous nous comprendre et vivre ensemble ? Ne sommes-nous pas face à l’impossibilité de l’amour ? Malgré tout, les personnages essayent. Judith veut connaître Barbe-Bleue pour l’aimer tel qu’il est mais lui préfère l’opacité. C’est parce qu’il est fragile que Barbe-Bleue a besoin d’un château, qui devient son armure. L’espace ne prend pas l’ascendant sur leur relation, mais y participe.

En quoi Le Château de Barbe-Bleue correspond à vos préoccupations ?

Aurélien Bory : Mon cheminement s’est fait à l’intérieur même du livret. J’ai eu l’impression d’y faire de la spéléo. Comme toujours, je tire l’histoire du côté de la physique. Bartók donne comme indication scénique la décomposition de la lumière. J’ai pensé à Isaac Newton qui a fait une « sorte d’erreur » en indiquant que l’arc en ciel avait six couleurs puis rectifiant qu’il y en avait finalement sept, avec le fameux indigo. Bartók dit qu’il y a sept portes à son château, puis finalement six : quatre en fond de scène et deux sur les côtés. Exactement la même hésitation que Newton !

Qui vous entoure pour ce projet ?

Aurélien Bory : J’ai embarqué toute mon équipe, mes fidèles collaborateurs -Arno Veyrat, Sylvie Marcucci, Pierre Dequivre- ainsi que l’artiste Vincent Fortemps. Le Prisonnier est un opéra hugolien. Dallapiccola s’en est inspiré et le cite. Vincent m’a rappelé que Victor Hugo dessinait, ce qui l’a conduit à une esthétique autour de la salissure, de la tâche. On retrouve aussi, grâce à Vincent, l’idée de la toile peinte, chère aux scénographies d’opéra. Les chanteurs sont véritablement pris dans ses dessins projetés en direct, à la présence forte, brute, assez rude. Il y aura aussi cinq acrobates, une habitude dans mes spectacle où le corps est important.

Vous faites partie des 100 artistes qui réinventent la culture selon Les Inrocks. Comment faites-vous ?

Aurélien Bory : Je m’impose de toujours me situer face à l’inconnu, à ce que je ne connais pas. Je chemine, et espère que quelque chose advienne… J’aime être face à de nouvelles questions, tout en gardant toujours cette même interrogation : celle de l’espace.

Ecoutez l’interview d’Aurélien Bory par Claire Balerdi

> Représentations : 2, 4, 6, 9 et 11 octobre au Théâtre du Capitole

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