Banniere Altigone saison 2017-2018

Terra Incognita

0
Du au Le Ring

Après Ubu enchaîné, fable potachique sur la servitude volontaire, Michel Mathieu emmène son Théâtre 2 l’Acte en terre inconnue,Terra Incognita à la recherche d’un monde intérieur qui est à la fois le sien, celui de ses comédiens, mais aussi le mien, le vôtre…

Des nuées cérébrales pour nous libérer d’un système qui nous enserre et ne nous laisse que peu de respiration. Terra Incognita est une puissante réaffirmation du pouvoir du rêve.

D’où part Terra Incognita ?

Michel Mathieu : D’un désir de fonder un travail qui mélange l’abstraction et le concret, sachant que l’abstraction est toujours concrète. Si on met en avant une matière, une forme, celle-ci existe, elle nous interpelle et nous impose sa présence. L’idée était aussi de suivre les révélations qu’avaient eu Witkiewicz (dramaturge, peintre et théoricien polonais) sur un théâtre de la « Forme Pure », c’est à dire un théâtre qui n’opère qu’à partir de lui-même. Witkiewicz dit que ce théâtre, est « le cerveau d’un fou sur la scène». Il ne se préoccupe pas de représenter le réel. Il y a une sorte d’acquiescement à une logique qui s’impose d’elle-même, sans justification externe. On saute dans le vide et on laisse venir les idées.

Votre processus de création ?

Michel Mathieu : Cela fait plusieurs années que je réalise de petits dessins, des rébus. Une mise au jour d’obsessions - bien que je n’aime pas ce terme trop psychanalytique - de contenus, souvenirs, toutes ces choses dont on ne sait d’où elles viennent… A partir de cette moisson, j’ai sélectionné des situations qui ont donné lieu, une fois mise en ordre, à un scénario sur lequel j’ai écrit des textes. Pas toujours, certaines scènes sont sans mot.

Un vagabondage ?

Michel Mathieu : La conception se fait dans une sorte de demi-sommeil. Il faut trouver l’espace pour laisser ce vagabondage intérieur se faire. Il faut laisser son cerveau libre. C’est tout à fait l’inverse du travail sur le plateau pendant lequel tu dois être absolument lucide, comme si tu pratiquais une opération chirurgicale.

Ces dessins étaient-ils, dés le départ, pensés pour un travail scénique ?

Michel Mathieu : Ils contiennent, de manière implicite, une certaine tension dramatique. Par exemple, un homme tire une femme par sa chevelure. Forcément, il y a une action, une contradiction entre qui résiste et qui tire. Le pas entre le dessin et la situation scénique s’est fait assez aisément…

TerraIncognita_Light26_Visagesvagabond

©FabienLePrieult

Quel est l’espace scénique ?

Il est à la fois ouvert et fermé. Le dispositif est frontal mais tout vient de l’extérieur, se produit, part et laisse place à un autre événement. Un entonnoir dans lequel le blanc s’est imposé. C’est comme si tout était sous une lampe de biologiste, dans un caractère quasi clinique. La lumière est blanche, vive. Il y a des variations même si l’idée est que tout se passe dans un même lieu, un espace mental en quelque sorte.

Y’a-t-il une continuité avec Ubu enchaîné ?

Dans Ubu enchaîné, nous avons donné une lecture politique de Jarry. On ne peut pas isoler Ubu aujourd’hui de la question du pouvoir, du rapport à l’état. Ce spectacle traitait de l’esclavage volontaire. Dans Terra Incognita, il n’y a pas ça. C’est une opération à cœur ouvert dans laquelle on voit la vie exprimer ses propres battements, en toute liberté. Nous allons dans des profondeurs psychiques, plutôt que dans une confrontation avec la sphère politique.

Ce théâtre ne peut-il être, malgré tout, politique ?

Oui, dans le sens où il explore nos pulsions, nos aspirations, nos peurs et nos terreurs. Est-ce que notre société laisse place à l’épanouissement d’une vie intérieure ? N’est-elle pas en train de la brider ? Nous témoignons de cet embrigadement que nous subissons. Cette question n’apparaît pas dans le spectacle mais en est le retentissement. Nous faisons un coup de sonde dans nos mondes intérieurs, pour résister aux pressions. « Incognita » c’est à dire qui n’apparaît pas au grand jour. Je parle ici d’une exploration.
Propose recueillis par Claire Balerdi

En savoir + > www.theatre2lacte-lering.com

Share.

About Author

Leave A Reply