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Made in France

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Sortie en salle le

Suite au attentats de Paris, la sortie en salle de ce film a été reportée

Avec un peu de chance, il y aura des salles qui programmeront encore Fatima quand Made in France sortira. Cela ferait un double programme parfait tant les films de Philippe Faucon et Nicolas Boukhrief semblent dialoguer, avoir des problématiques communes. Notamment cette remarquable capacité à relier les points entre la fiction et la réalité, à estomper leur décalage, faire un cinéma qui soit populaire et lucide à la fois, qui transforme l’ordinaire en pur récit de cinéma.
Il ne faudra d’ailleurs pas regarder au-delà de la manière dont est vendue Made in France : cette enquête sur un journaliste infiltré dans une cellule dormante n’est pas le brûlot sur le Jihadisme annoncé par son affiche ou sa bande-annonce. Made in France vient de bien plus loin que l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo. D’abord d’un certain cinéma français des années 70-80, celui d’Yves Boisset, parfois de Verneuil, capable d’interroger la société sans renoncer à un sens parfait du thriller. Ensuite d’une prise de conscience précoce
-ce film a été écrit au moment de l’affaire Merah- faisant le travail que n’ont pas fait les chaînes d’infos, en ne se préoccupant pas de la recrudescence d’un terrorisme mais de la question des racines d’une possible menace intérieure. Le titre, des plus éloquents, pointe du doigt le vrai problème de fond : pourquoi des jeunes français s’embrigadent pour mener une guerre sainte contre leur propre pays ? Comment est-on passé en moins de deux générations d’un sens de l’engagement idéaliste (se souvenir de la passion pour les Brigades Rouges ou la Bande à Baader dans les années 70) au leurre du Jihadisme ?
Boukhrief donne in fine une réponse cruelle et amère. Plus encore que ses précédents films -Le Convoyeur, Gardiens de l’ordre voire Cortex étaient déjà des films basés sur le principe d’une infiltration dans un milieu spécifique- Made in France prend le bon angle pour traiter son sujet. Voici une série B d’une phénoménale efficacité qui mue en film politique, autant par volonté de départ que parce que rattrapé par l’actualité. Soit l’idéal pour amener le sujet auprès d’un public submergé par un traitement médiatique univoque, qu’il s’agisse des JT ou des vidéos de propagande jihadiste sur le net. Le rapprochement entre Boukhrief et Faucon se faisant sans doute plus encore là alors que La désintégration, excellent film de Faucon sur le même sujet, faisait le même chemin à l’envers, allant du social vers le film de genre.
Il y a quelques mois, on apprenait que la sortie de Made in France était menacée suite à la tuerie chez Charlie Hebdo. Sur pression d’une chaîne et maison mère, craignant d’être une nouvelle cible, son distributeur originel lâchait le film devenu une patate chaude. Soit une manière de ne pas prendre ses responsabilités mais surtout de détourner le regard d’une question fondamentale sur les mutations d’une jeunesse française. A sa manière, Made in France est un acte de résistance à la pensée formatée, trop pressée du moment. Sans asséner de solution (qui le pourrait ?) mais en posant, après La désintégration, aussi intelligemment que frontalement le débat. Il serait temps qu’on y réfléchisse…

Distributeur : Pretty Pictures

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