Banniere Altigone saison 2017-2018

Manon Bril, doctorante en histoire et youtubeuse

0
Publié le Manon Bril, doctorante en histoire à toulouse

« L’Antiquité, encore aujourd’hui, est partout autour de nous »

Manon Bril, doctorante en histoire à l’Université Toulouse Jean Jaurès, s’est faite connaître avec les vidéos de sa chaîne Youtube, C’est une autre histoire. Avec Le relooking mythologique, elle vulgarise la réception de l’Antiquité. Avec Tu vois le tableau, elle donne des clés de lecture pour différentes peintures. Avec Une ville au détail, elle nous entraîne dans Toulouse et Paris à la découverte de petites choses qui font référence à l’histoire. Interview.

Sur quoi porte votre recherche?

Manon Bril : Je travaille dans une discipline de l’histoire qui s’appelle la « réception de l’Antiquité ». Il s’agit de comprendre comment l’Antiquité est reçue donc perçue, comprise, étudiée, réappropriée dans d’autres périodes de l’histoire. Mon sujet porte sur la réception d’Athéna, déesse antique de la guerre et de la sagesse, dans toutes les images produites par l’Etat au XIXe siècle : sceaux, timbres, monnaies, façades de monuments publics etc. ce que l’on appelle « l’imagerie officielle ». Pourquoi le XIXe siècle ? Parce que c’est une période où l’Antiquité est très en vogue et où les figures mythologiques sont allègrement employées pour constituer des allégories, des symboles… (voir Marianne). J’étudie comment cette déesse est utilisée, quel message ou quelle valeur on lui fait porter, quel écart il peut y avoir ou non par rapport à ce qu’elle est dans l’Antiquité, dans quel but etc. On touche aux mécanismes de construction d’un discours officiel par l’image et, pourquoi pas, à la propagande…

En quoi est-ce important au XXIe siècle d’étudier la réception de l’Antiquité ?

Manon Bril : L’Antiquité, encore aujourd’hui, est partout autour de nous. C’est une référence inépuisable qui continue d’influencer aussi bien la culture populaire (cinéma, BD, pub, art, etc.), que la culture institutionnelle : le logo de l’Université Fédérale de Toulouse Midi-Pyrénées a récemment changé pour devenir une Athéna.

Finalement Athéna reste une figure très moderne, comment l’expliquer ?

Manon Bril : Moderne, ça dépend pour qui ou pourquoi. Pour une institution, bien sûr, les valeurs qui sont les siennes sont à mettre en avant : sagesse, vertu, force, intelligence etc. Par contre pour tout un autre pan de la culture, elle peut aussi être la déesse psychorigide et frigide qui s’oppose à Aphrodite et qui refuse tout plaisir charnel (voir le Jugement de Pâris).

Comment faire passer ce message auprès des jeunes pour qui l’Antiquité est très éloignée ?

Manon Bril : Quoi ? Non, ça c’est un gros cliché ! Les jeunes aussi aiment l’Antiquité ! Et depuis fort longtemps, la mythologie, c’est des légendes et des récits qui transportent ! Il n’y a qu’à voir le succès des films The Avengers ou Thor, des dessins animés comme L’odyssée qui passe à la télé depuis des années, ou plus vieux mais toujours adoré Les Chevaliers du Zodiaque, les jeux vidéos très grand public comme Age of Mythology ou God of War. Il suffit de taper « mythologie enfant » sur Internet pour voir l’immense nombre de livres de jeunesse édités sur le sujet, ce qui traduit bien un réel succès de ces récits. J’ai été prof des écoles et les élèves étaient à fond sur la mythologie ! Bien sûr pas tous, mais ça c’est les goûts et les couleurs, et c’est comme pour les adultes, tout le monde n’aime pas…

C’est pourtant la fonction des vidéos de votre chaîne Youtube, C’est une autre histoire ?

Manon Bril : Je fais une chaîne sur ce que j’aime et mes centres d’intérêt. Je n’ai pas fait une étude de marché avant. Ma chaîne n’est pas du tout regardée par les ados (moins de 5% de mon audience) et ça n’a jamais été une cible particulière (mais les gens font l’amalgame culture urbaine = adolescence). Par contre, oui, elle a pour but de faire découvrir l’histoire à des gens qui n’en sont pas familiers, quelle que soit leur tranche d’âge. Sans surprise, celle qui regarde le plus mes vidéos, c’est la mienne : 18-35 ans, tout simplement parce que j’ai fait ce que moi j’aurais aimé trouver

 

Share.

About Author

Leave A Reply