Laurent Pelly, metteur en scène de la Cantatrice Chauve

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LAURENT-PELLY

© Pologara

Laurent Pelly renoue avec Ionesco déjà croisé auparavant –Les Chaises, Jacques ou la Soumission, L’Avenir est dans les œufs–, pour monter La Cantatrice Chauve. Considérée parmi les figures de proue du Théâtre de l’absurde, la diva n’a décidément pas pris une ride. Rencontre avec le metteur en scène en plein chantier.

La rencontre avec un auteur

Laurent Pelly : Je suis passionné par Ionesco. C’est un grand inventeur, un grand réformateur du théâtre bourgeois. Il a bousculé beaucoup de repères du théâtre classique. Ce qui m’attire, c’est d’aller chercher dans des œuvres comiques le drame, et inversement. Ionesco est un auteur comique tout en étant tragique ou même dramatique. L’intégralité de son œuvre est plutôt très noire. C’est une vision de l’humanité et de l’humain assez désespérante, mais habitée par une telle énergie, une telle invention, un tel humour, que finalement ces deux domaines sont toujours mis en balance.

Théâtre de l’absurde

Laurent Pelly : Avec En attendant Godot de Beckett, La Cantatrice Chauve (première œuvre de Ionesco) est quasiment emblématique de la naissance du Théâtre de l’absurde. La pièce n’est pas narrative, elle ne raconte pas véritablement d’histoires, elle en relate beaucoup. C’est une parodie de théâtre bourgeois. C’est une pièce sur le vide, la relativité des rapports et des codes sociaux et finalement la vacuité entre ces éléments. Ce qui est incroyable dans La Cantatrice Chauve, c’est qu’elle a toujours un effet de réel. Même si par moments les dialogues ne veulent plus rien dire, ils évoquent incontestablement des choses vécues : des discussions sans queue ni tête déjà entendues, en flottements… Ionesco est le champion de la contradiction et de la rupture. Cette pièce est à la fois profondément grave et sérieuse tout en étant une sorte de grosse blague de potache.

Eugène Ionesco, auteur de la Cantatrice Chauve

Une adaptation contemporaine

Laurent Pelly : C’est un véritable chef d’œuvre qui a plus de 70 ans et résonne toujours de manière quasiment contemporaine. Il est très intéressant de le confronter à notre époque. Sans être anecdotique nous souhaitons interroger ce qui peut être de l’ordre de l’absurde aujourd’hui. Nous essayons d’inventer un monde un peu à la Tati « de nos jours », en lien avec l’univers du film de Luis Buñuel Le Charme discret de la bourgeoisie. Nous travaillons également sur l’idée de confort et de sécurité, deux thèmes qui concernent une grande partie de nos préoccupations actuelles. Avec un regard amusé sur le design et sur la « bourgeoisie confortable », nous utilisons la musique de la même manière en questionnant sa représentation sociale dans ce milieu. Les six comédien·e·s qui jouent dans la pièce sont des artistes avec qui j’ai déjà travaillé. Ce que je leur propose, c’est une sorte de règle du jeu : se mouvoir dans une scénographie particulière, assez contraignante, qui éclate l’espace pensé au départ par Ionesco. Une manière de dessiner le corps dans celui-ci et d’inventer des personnages qui parlent à tout le monde, à travers lesquels on puisse se reconnaître et dont on peut se moquer. Et comme la pièce l’induit, amener à remuer certaines idées des codes et des conventions, tout en travaillant sur un rire noir et joyeux.

En supplément, l’émission L’impromptu animée par Monique Blanquet et Aurélia La Faou sur Radio FMR sur La Cantatrice Chauve de Laurent Pelly.

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