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L’étranger

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Du au L'escale - Tournefeuille

Stéphane Batlle et Laurent Collombert, respectivement metteur en scène et comédien seul en scène de ce monologue romanesque, le disent : c’est à force de lectures, séparément, ensemble, et de relectures, chacun chez soi, au plateau, qu’ils ont trouvé « leur » Etranger.

On a tous en mémoire le ton, la force sèche, sans détours du premier livre d’Albert Camus. Souvent étudié au lycée, malgré les années on a gardé en mémoire l’incipit, coupant et annonciateur pour ses lecteurs d’un choc, littéraire, philosophique, d’à peine deux cent pages : « Aujourd’hui, maman est morte ». Entrée en matière sans détours pour une pièce forte à un comédien.

Meursault : étrange et extraordinaire étranger

Pas une adaptation volontariste donc, avec coupes préalables et chemin taillé au cordeau, même s’ils avaient l’un comme l’autre ce projet en tête depuis longtemps, mais plutôt une façon de laisser venir à soi le texte, d’en tester la force et les limites une fois franchi le passage à l’oral. Une fois en bouche, que dit-il ? Qu’entendons-nous encore de ce premier roman qui contient toute l’œuvre à venir ? Et comment faire entendre la voix de ce Meursault d’un autre temps, accusé d’insensibilité à la mort de sa mère et d’un crime de sang froid commis en plein soleil. Au soleil de fournaise de l’Algérie française. Car l’histoire de cet homme qui semble ne pas avoir d’émotion et regarder passer sa vie comme un film sur un écran, a un ancrage très fort dans l’histoire collective. Ecrit en 1942,en pleine France de Vichy, publié en même temps que le Mythe de Sisyphe, le roman développe les thèmes du tragique et de l’absurde, « l’absurdité fondamentale » de l’existence humaine comme l’a dit Sartre, mais sème aussi les graines de la révolte. Une révolte à mi-chemin du social et du métaphysique où chacun peut puiser les bases de son action, de son engagement.

Un monologue à plusieurs entrées

Le texte est un monument ramassé en quelques traits, un grand livre dans peu de mots, toute une batterie d’idées dans une poignée de scènes décrites sans affect : l’enterrement de la mère, la jolie Marie, les voisins, la plage écrasée de soleil, le groupe d’arabes. Mais bâti littérairement en deux parties, la première jusqu’au crime, la seconde jusqu’au verdict du procès, il trouve du rythme sur scène à d’autres endroits que ceux ménagés par le livre. Polyphonique alors, le monologue hypnotique de certains passages s’élargit jusqu’à faire entendre et incarner tous les personnages secondaires, l’employé des pompes funèbres, le voisin de palier Raymond, le procureur, l’aumônier de la prison etc. Collombert sans effet de voix caricaturaux sans changements de costumes trop évidents, réussit à les évoquer tous, à leur donner vie à travers un ton, un tic, une petite touche. La sobriété de la mise en scène, plateau nu, un costume, un homme qui l’habite, respecte le fait que ce texte se suffit à lui-même. Surtout pas d’effets, pas d’interprétation au pathos, les deux aux manettes l’ont bien compris et c’est tant mieux. Le drame couve assez sans que l’on en rajoute. Seule une corde accompagne le héros, vraie bonne idée puisqu’elle remplace tous les compagnons et tous les accessoires possibles. Dépliée à terre, elle dessine des figures évocatrices, suspendue en l’air elle découpe visuellement des portes, enroulée sur les bras elle suggère le détail d’une emmanchure d’avocat. Collombert porte le texte, s’y ménage des cheminements renouvelés et nous y emmène sobrement mais sûrement, de main ferme et de bout en bout.

D’après L’Etranger d’Albert Camus – Editions Gallimard
Compagnie : Grenier de Toulouse
Mise en scène : Stéphane Batlle
Interprétation : Laurent Collombert
Lumière Lucien Valle

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