Circa 2018
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Cannes 2016 vu par Alex Masson

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Sortie en salle le

Bon cru à défaut d’être grand, le 69ème festival de Cannes n’interroge pas tant le cinéma que la fonction même de la manifestation.

Pas la peine d’éplucher Twitter pour comprendre que le palmarès du 69e festival de Cannes est l’un des plus contestés par la critique. Et alors ? Les désaccords entre la presse cinéma et les jurys font aussi partie du folklore cannois. On pourrait même dire que sans ce chahut, il aurait manqué quelque chose à cette édition.

Des films prenant à partie tous les modèles

Vu de la compétition, ce fut sans conteste possible un bon cru. Mais pas un grand. Pas d’évidence fulgurante, ni de chef d’œuvre mais de bons films. La chose n’est pas si mal au vu de l’édition précédente très raplapla. Cannes 2016 aura su trouver sa petite musique personnelle au gré de films souvent liés par l’envie des personnages -donc a priori des cinéastes- de se demander comment sortir d’un système social ou politique. Tous les modèles auront été pris à partie, des cendres du communisme dans les deux films roumains (Sieranevada et Baccalauréat) aux rapports de classe français (Ma loute, mais surtout le brillant et chabrolien Elle, réjouissante satire de la petite bourgeoisie) en passant par une Amérique sociale figée dans la crainte d’une présidence Trump au point de se réfugier dans un ron-ron en boucle (Patterson) ou de plaider l’ouverture à sa jeunesse (American Honey).

Et si Moi, Daniel Blake reste le plus consensuel des films de Ken Loach, c’est celui qui ouvrit le plus clairement sa gueule sur les inquiétudes d’un avenir pire que le présent. Suivi de près par le chouchou de la critique, Toni Erdmann, formidable bulle d’air quand il malaxe comédie et tendresse d’un père pour sa fille, mais qui se dégonfle un peu dès le moindre pas de côté (2h40 pour raconter cette histoire, vraiment ?) vers une maladroite remise en question de l’Europe. On passera sur les malentendus : Neon Demon, Juste la fin du monde ou Personal Shopper, films parfois bancals mais passionnants, accueillis plus ou moins froidement -à se demander s’il n’y avait pas facétie du délégué général à les programmer à la suite, conscient de leurs faiblesses- sans toutefois virer au scandale dont Cannes a le secret.

Un autre Cannes est-il possible ?

Le souci étant d’ailleurs peut-être dans cette sensation de tiédeur qui aura fini par s’installer. Y compris dans cette impression d’un festival moins peuplé que d’habitude (tant mieux : il fut plus facile d’accéder aux séances), moins mouvementé aussi. Finalement, c’est le jury qui aura eu l’attitude la plus rentre-dedans, en rejetant les nouvelles pousses (Aquarius, Toni Erdmann, Rester vivant pour ne citer qu’eux) pour célébrer la part conservatrice du festival, remettant en lumière, quoiqu’on pense de leurs films, des cinéastes déjà adoubés, parfois à la même place (3e prix du jury pour Andrea Arnold, 2e palme pour Ken Loach…).

Bien sûr, un jury reste souverain, mais ces choix ne peuvent que confirmer Cannes comme une encombrante boussole bloquée quand ce festival fait, à tort ou à raison, office d’état des lieux de l’excellence du cinéma mondial. Le (beau) discours de Loach sur scène a amené au milieu une grande question, d’autant plus que la seule grosse rumeur du festival autour du départ possible de Thierry Frémaux s’est installée en fin de parcours. Si « Un autre monde est possible, voire nécessaire », qu’en est-il de Cannes ? Réponse en mai 2017

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