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Vielmur-sur-Agoût, des artistes envahissent les maisons

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Du au Vielmur-sur-Agoût (Tarn)

A une heure de Toulouse, on se plaît à parcourir le village de Vielmur-sur-Agoût, au gré d’une journée ou du week-end. Exit les murs blancs immaculés des salles d’expo, ici, c’est au cœur des habitations et auprès de ses occupants que ça se passe. Rencontre avec Patrick Tarres, directeur artistique et fondateur du festival Des artistes chez l’habitant, à l’occasion de sa 17e édition.

Le principe ?

Patrick Tarres : Il s’agit d’une résidence d’artiste chez l’habitant. Des rencontres artistiques et humaines. Depuis 2000, nous recevons chaque année dix artistes à Fiac et, depuis 5 ans, sur d’autres villages. Nous alternons. Après Lautrec, Viterbe et Saint-Paul-Cap-de-Joux, ce sera Vielmur-sur-Agoût. Le public est invité pendant trois jours à se balader de maison en maison et à rencontrer les familles et les artistes. C’est rare. Et c’est un privilège par rapport aux conditions des « temples de l’art ».

Qui sont ces familles ?

P.T : Comme diraient les journalistes parisiens, ce sont de « vrais gens » ! Autrement dit, comme vous et moi. [Rires] Certains ont vécu le festival en spectateurs et sont ravis de pouvoir y participer en tant que protagonistes. D’autres ont tout simplement envie d’ouvrir leurs portes aux autres et au monde. Quand un artiste arrive sur place, il a souvent un flash, une idée qui surgit. Il décide du lieu qu’il investit en accord avec la famille. Certaines, un peu timides, préfèrent que ce soit dehors. D’autres prêtent carrément leurs espaces intimes comme la chambre et… le lit nuptial.

Noir c’est noir… Il n’y a plus d’espoir ?

P.T : La chanson de Johnny Halliday ! En général, je pioche dans l’air du temps, des questionnements sociaux, politiques. Je croise beaucoup de gens qui ont une vision assez noire de l’horizon de l’humanité. Comme je suis plutôt optimiste, je n’ai pas voulu jouer complètement là-dessus. Le noir, ça a plein de sens et c’est souvent associé à d’autres choses : la forêt noire, le trou noir, l’Afrique noire, le Périgord noir, le blé noir, la panthère noire, l’or et l’argent noir, etc. Cette non-couleur est celle de la profondeur sans fond, de l’absence de lumière. Fascinant ! Cela ouvre beaucoup de pistes.

Les artistes ?

P.T : De jeunes artistes émergents mis à part Eric Duyckaerts déjà reconnu et aguerri. Cet artiste performeur propose des vidéos et des conférences en live autour de savoirs exogènes tels que la science, le droit, la logique mathématique avec humour et un peu d’absurde. Léa Le Bricomte travaille à partir de munitions, obus et autres outils de guerre. Elle les décharge de leur agressivité pour nous pacifier. Floryan Varennes travaille sur le vêtement dans ce qu’il a de contraignant culturellement pour le corps. La pratique d’Estelle Vernay est en référence à la peinture classique, au romantisme mais aussi aux films d’horreur. Entre vie et mort, disparition et apparition, les œuvres d’Audrey Martin se résument à peu de choses mais nous laissent envisager ce qui n’est plus, ce qui a été.

Une invitation à regarder autrement ?

P.T : Oui, à avoir un autre angle de vue sur ce que nous côtoyons tous les jours. Comme disait Robert Filliou : « L’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ». Ici, les gens échangent sur ce qu’ils ont vu. Ils ne se comportent pas en consommateur. On prend le temps de sentir ce qu’il se passe.

Depuis 17 ans, qu’est-ce qui vous anime ?

P.T : J’arrivais de la ville et j’avais envie de me poser, vivre au rythme de la campagne. Je me suis très vite ennuyé. Je savais qu’il me fallait trouver une idée. Et j’ai trouvé ! Les gens de Fiac ont été contents que je vienne à leur rencontre avec ce projet « utopico-bucolique ». C’est assez improbable. Il n’est pas évident de penser que des gens puissent ouvrir leurs portes aussi facilement. On essaie en permanence de nous prouver le contraire. Ici, l’« art pour tous » a pris tout son sens. Il est possible de vivre dans un contexte rural, au cœur de la vie, l’art le plus exigent, le plus pointu, le plus contemporain.

Légende image : The Golden Boy, par Léa Le Bricomte, action de recouvrement rituel à la feuille d’or. Exposition au Bangkok Art Center, sept 2011.

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