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Sébastien Bournac, le lauréat randonneur

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Publié le SebastienBournac_Sorano

Nommé à la tête du Théâtre Sorano, un lieu dont l’histoire lui distille à la fois un enthousiasme sans bornes et les derniers doutes du perfectionniste, Sébastien Bournac s’apprête à remettre la double casquette de directeur et de metteur en scène. Rencontre de fin d’été, entre tapas et retour de rando, juste avant les choses sérieuses.

Faire le vide

Sébastien Bournac : L’année qui vient de passer a été si dense, intense, j’étais dans une sorte d’ivresse. J’ai vu énormément de spectacles, fait tellement de route, rencontré tant de gens, que j’ai eu besoin d’une rupture à l’arrivée de l’été. Faire une coupure pour faire redescendre la température, pour faire le vide. J’aime cette idée de vacance, j’aime ce mot au singulier. Marcher, randonner, être face à soi-même, autant en altitude dans les Pyrénées que devant l’horizon de l’océan, quand la nature sauvage et la pensée se superposent, c’est comme cela que j’ai préparé cette rentrée. La route, la montagne, ma mer, c’est mon réservoir d’imaginaire pour le reste de l’année.

(Se) découvrir

S.B : Être en vacance, faire le vide, ce n’est pas être déconnecté du monde. Après les scènes d’Avignon, je n’ai plus rien vu. C’est agréable d’entrer dans cette disponibilité à soi : écouter de la musique, Babx, Biolay, Arthur H, Alex Beaupain, beaucoup de chanson française ; regarder des films et surtout lire. L’hiver je lis plutôt de la poésie, des formes courtes, mais l’été est propice aux lectures fleuves, aux grandes fresques, comme Solomon Gursky, un roman de Mordecai Richler où l’on s’immerge dans l’histoire d’une famille juive sur six générations. J’aime découvrir, fureter, avoir le temps et la liberté de prospecter, c’est ce qui nourrit ma saison théâtrale. Du coup, elle me ressemble.

Rester en prise

S.B : Pour moi, le théâtre commence bien avant les répétitions : je travaille beaucoup avec les auteurs en amont et j’avais envie de lancer Jean-Marie Piemme dont j’ai mis en scène l’an dernier Dialogue d’un chien… sur la piste que m’avait inspiré un film de Fassbinder, Je veux seulement que vous m’aimiez. Le film allie, j’adore ça, un regard critique sur la vie et une dimension mélodramatique : s’interroger sur l’existence, les histoires qu’on nous raconte, les miroirs que l’on nous tend, nos propres impasses. Et puis, un nouvel attentat à Nice, et la violence du monde met le théâtre sur pause et l’imprègne. Nécessairement. De façon directe. Puis métaphorique.

Construire et partager

S.B : Résister à la terreur, le théâtre nous y encourage, nous y aide. Mon cheminement personnel accompagne mon cheminement créatif et j’accepte d’arriver dans la création avec une certaine fragilité. Je ne suis pas un gourou, un directeur d’acteurs au millimètre. J’essaie d’amener les comédiens à l’autonomie, au bon endroit mais je les choisis plus pour leur capacité à inventer qu’à interpréter. Ce n’est pas un aveu d’impuissance, au contraire c’est une grande liberté. Travailler avec une équipe et des gens que j’aime, en entrant de moins en moins dans les codes : je suis heureux de faire du théâtre. D’avoir un espace de jeu comme le Sorano où je peux inviter des amis, ouvrir des possibles, même si rien n’est jamais acquis. De ce point de vue je serai toujours un débutant.

Retrouvez sa précédente interview

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