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Une jeunesse française par Magyd Cherfi

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Du au

Le petit Magyd a, dès l’enfance, l’amour des mots. Porté par un élan romantique, ce fils d’immigrés algériens né à Toulouse, rêve à 20 ans de devenir Flaubert. Adolescent, les copains lui demandent d’écrire des poèmes pour draguer les filles, faisant de lui un Cyrano des quartiers. Mais cette aisance a aussi un revers : pour les mômes de la cité, être érudit signifie devenir un traitre.

Le choix de la plume

La langue est celle du blanc, du maître, de l’oppresseur du temps où il était colonisateur. Il reçoit des injures, car un homme, un vrai, ne respecte pas les règles, ne fait pas allégeance aux mots. Pour faire partie du clan, il faut tout fracasser ! « La plume m’a séparé de mes compagnons d’infortune, tous ces “ Mohamed ” de ma banlieue nord hachés menus par une société qui a rêvé d’un ” vivre ensemble ” sans en payer le prix ». Au fond, par ces reproches, c’est leur propre douleur qu’ils font rejaillir.

1981, année charnière

Dans ce récit autobiographique, l’auteur nous raconte avec gravité et autodérision les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. 1981, l’année où il obtient son bac, est aussi celle d’un rendez-vous manqué entre la France et ses banlieues. Magyd Cherfi nous livre le portrait d’une génération qui veut de toutes ces forces un changement de société. L’arrivée de la gauche au pouvoir est, pour ces jeunes, synonyme d’espoir, la possibilité de voir éclore une vraie fraternité. « Tout était réuni pour cette égalité des droits tant chérie ». Chez les anciens au contraire, la crainte domine. Ils n’ont pas oublié le ministre qu’était Mitterrand pendant la guerre d’Algérie et son rôle dans la répression. Pendant les années qui suivront, se creusera un précipice entre ces habitants oubliés et cette gauche en laquelle ils ont cru.

Nos ancêtres les gaulois ?

« Dire que j’écris me gêne, complexe d’ancien pauvre, d’ex-fils-d’immigré, d’épisodique schizophrène car j’suis devenu français. J’ai du mal à écrire car je m’écris et m’écrire c’est saisir une plaie par les deux bouts et l’écarter un peu plus. » Une plaie qui n’a jamais eu l’occasion de cicatriser, et le climat actuel ne semble pas plus propice à cela. Ce roman, en lice pour le prix Goncourt, a le mérite de venir éclairer nos politiques, en mal de « racines gauloises ». Lui qui souvent est, et a été, tantôt l’arabe pour l’élite blanche bourgeoise, tantôt le gaulois pour ses compagnons, est surtout un auteur brillant qui, en cette rentrée littéraire, nous offre un portrait de la France d’hier et d’aujourd’hui, celle que l’on a eu tant de ferveur à défendre en 1998, autour d’un ballon rond.

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