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Mourad Benchellali, de l’enfer à la prévention

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Mourad Benchellali de l'enfer à la prévention

Mourad Benchellali © Guillaume ATGER / Divergence pour l’Express

Son histoire est peu commune. Il a connu l’Afghanistan en 2001, la prison de Guantanamo, celle de Fleury-Mérogis… Mourad Benchellali s’est nourri de ces embûches pour partager ses expériences et montrer l’envers du décor.

Racontez-nous votre parcours…

Mourad Benchellali : En 2001, à dix-neuf ans, je suis allé en Afghanistan sur les conseils d’un proche. Pour plein de raisons, cette expérience m’attirait mais pas du tout pour le djihad. Sauf que, sur place, j’ai été embrigadé et je me suis retrouvé pendant deux mois dans un camp d’entraînement d’Al Qaida. A la fin, j’ai voulu rentrer mais à cause des attentats du 11 septembre, les Américains avaient fermé les frontières. J’ai quand même réussi à rejoindre le Pakistan mais j’ai été capturé par des villageois qui m’ont vendu au gouvernement. J’ai été envoyé à Guantanamo puis en France où j’ai été condamné pour association de malfaiteurs. A ma sortie de prison, j’ai écrit mon histoire dans le livre Voyage vers l’enfer qui est plutôt passé inaperçu jusqu’en 2014, moment où les départs en Syrie ont redonné de l’intérêt à mon expérience. J’ai effectué un travail de prévention sur la radicalisation et j’ai sorti un nouveau livre : Le piège de l’aventure. Je suis maintenant formateur dans l’insertion.

Comme avez-vous vécu cette expérience ?
Je parlerais de survie. J’ai eu le sentiment d’être trimballé comme un paquet. J’ai plus subi toutes mes expériences. Même en France, on nous considérait comme toxiques. J’ai eu du mal à me réinsérer dans la société car il y avait une sorte de fichage, un regard particulier des autres sur mon parcours. Quand j’ai commencé à témoigner, je ne me suis pas fait des amis auprès des djihadistes qui m’ont considéré comme un traître alors que je n’ai jamais fait partie de cette organisation. Avec mon histoire, je veux montrer l’envers du décor aux jeunes.

Que retirez-vous de votre histoire ?
A chaque fois, j’ai essayé de tenir mais aussi d’avancer. A Guantanamo, j’ai appris l’arabe et l’anglais. Je me suis même intéressé à la religion et au contexte djihadiste. En France, j’ai passé un diplôme. J’ai aussi pris du recul en essayant de voir mes propres responsabilités ou en échangeant avec des personnes, comme des militaires américains, pour connaître leurs positions. Cela m’a permis de ne pas avoir un sentiment manichéiste car rien n’est jamais très simple.

A qui s’adresse votre message ?

Je parle aux jeunes mais aussi aux parents qui s’inquiètent pour leurs enfants et cherchent des outils pour éviter leurs départs. Des policiers et des gendarmes s’intéressent aussi à mon histoire pour s’immerger dans le djihad. Mon expérience montre la complexité du phénomène. Il faut aller plus dans le détail pour le comprendre.

Comment prévenir l’attrait grandissant du dijhad ?

Il faut éduquer les jeunes. Cette question est primordiale car nous n’avons pas vu que le phénomène pouvait nous toucher. Je crois beaucoup à la prévention en expliquant aux jeunes à quoi correspond ce phénomène. Il faut leur donner les bases et aller plus loin en leur parlant de religion, de géopolitique et de la dimension d’Internet, un vecteur majeur de communication du dijhad. J’espère que mon histoire les aidera.

Les rendez-vous :

  • Origines Contrôlées : 6, 7, 8, 14 et 15 octobre – Bourse du Travail de Toulouse et Quartier des Izards
  • Rencontre-débat avec Mourad Benchellali : 14 octobre à 18h aux Izards

 

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« Le festival est super intéressant, très enrichissant. On y découvre des parcours exceptionnels. Il apporte beaucoup de variétés et de diversités et donne la parole à des personnes qu’on entend beaucoup moins » reconnaît Mourad Benchellali, invité par son ami Salah Amokrane, coordinateur général de l’association Tactikollectif qui organise ces rencontres festives autour de l’histoire et des mémoires de l’immigration et des quartiers. Cette treizième édition et son thème « Identités et créolisations de la société française » ne dérogent pas à la règle. Elle se déroule sur deux week-ends et se partage entre la Bourse du Travail et les Izards, quartier nord de Toulouse. Les spectacles, rencontres et concerts devraient intéresser celles et ceux qui refusent que le débat politique se fasse sur les clivages identitaires.

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