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2666 : monumental et apocalyptique

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Du au Théâtre National de Toulouse

Après Les Particules Elémentaires de Michel Houellebecq en 2013, le metteur en scène Julien Gosselin, 29 ans à peine, s’attaque à un autre roman, et pas des moindres, 2666 de Roberto Bolaño. Un roman-fleuve de plus de 1000 pages décliné en cinq parties, à vivre en une intégrale de douze heures de représentation (entractes compris) ou lors de plusieurs soirées, à la manière d’un feuilleton. Rendez-vous est pris pour vivre une expérience totale, éprouvante et jouissive.

Avec 2666, vous cherchez à reconvoquer le saisissement qui a été le vôtre à la lecture du roman ?

Julien Gosselin : Oui, sans doute. Mais je ne souhaite pas donner uniquement ce que j’ai ressenti, comme une sorte d’instantané de sensations.

Il ne s’agit pas de retrouver ces moments où j’ai été saisi, touché, ému. J’ai envie d’utiliser la structure fictionnelle du roman et de la porter sur scène.

Un livre n’est pas toujours une partie de plaisir, il peut y avoir des longueurs. Ces difficultés sont aussi intéressantes que les passages plaisants. J’essaie de les préserver, elles sont nécessaires.

Mon travail n’est pas d’encourager les gens à lire. Je suis là pour faire partager une expérience.

2666

Extrait de 2666 © Simon Gosselin

Sur quoi repose votre théâtre ?

J’utilise le fil narratif comme le font les romanciers sur lesquels je travaille : ils définissent un fil, des personnages et, à l’intérieur, les brutalisent.

Ça m’est égal que les gens comprennent la fiction qui se joue. Choisir Houellebecq, c’est faire entrer sur scène la politique, la sociologie, une pensée critique sur la sexualité.

Pour Bolaño, c’est plutôt la question de la violence qui est au centre. La fiction me sert à donner chair. Je cherche une forme d’épique contemporain, pas une histoire vieillotte de chevalier mais quelque chose qui nous parle du monde d’aujourd’hui. Si la question de l’honneur parle désormais à très peu de gens, il y a dans celle de la brutalité (et de son traitement) quelque chose de puissant.

Je tente de faire en sorte que le spectateur ne soit pas un témoin extérieur, lointain et en sécurité, mais qu’il soit à l’intérieur de la représentation. Pour ça, la musique et la vidéo aident beaucoup.

 

Dans 2666, il est question des meurtres de femmes au Mexique. Comment représenter la violence ?

De la manière la plus forte possible ! Mais j’ai toujours une frustration car la représentation est souvent perdante au théâtre… J’imagine que c’est bizarre de dire ça, en tant que metteur en scène de théâtre.

La violence de Bolaño vient de la description en continu, dans le fait de pouvoir imaginer les corps et que cela dure encore, et encore. J’ai utilisé le même procédé avec, à l’intérieur de notre grande représentation épique, l’insertion de quelque chose qui n’est presque plus du théâtre.

La brutalité vient de l’absence, non pas de la présence d’un corps violent. Je me rends compte que c’est le cœur de ce que l’on essaie de faire depuis des années.

Avec le recul, des obsessions se confirment ?

J’ai fait cinq spectacles, ce n’est pas énorme non plus… Mais la chose la plus importante est qu’à chaque fois, j’ai travaillé sur des auteurs formidables. C’est puissant d’être porté par de telles littératures et de telles pensées.

Sans ces auteurs, mon travail aurait nettement moins d’intérêt. Ce n’est pas une preuve de modestie mais un aveu d’échec. Si je pense à la suite, il s’agit de trouver encore des auteurs qui me permettent de sentir un monument de pensée derrière le travail que j’essaie de faire.

EN SAVOIR + sur 2666

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