PlacedelaDanse-CDC
Banniere Altigone saison 2017-2018
pub flash

Petit meurtre en famille

0
Du au

CHRONIQUE – J’espère qu’on se souviendra de moi – Jean-Marie Piemme, Sébastien Bournac, Cie Tabula Rasa au Théâtre Sorano

Sébastien Bournac lui avait emprunté l’an dernier Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis où nous sautait à la gueule sa carnassière prose. Jean-Marie Piemme a mis cette fois ses mots fiévreux plein la bouche de six comédiens, sur une partition de commande, autour d’un fait divers.

Parce qu’il voulait poursuivre la collaboration avec l’auteur susnommé, partir d’un meurtre banal (prétexte d’un téléfilm de Fassbinder) et travailler avec ces comédiens-là, Sébastien Bournac a construit sa dernière création sur un faisceau d’envies.

Un projet libre et ouvert aux possibles. Pour preuve la modification intervenue depuis la première du spectacle, qui a vu disparaître un personnage et un pan du texte. Travailler en duo avec l’auteur, c’est pouvoir ajuster l’écriture aux échos qu’en fait vibrer la salle.

Pas de dialogue mais des ricochets de paroles

Sur scène vivent des figures, archétypes cernant le meurtrier, un jeune homme qui chez Fassbinder voulait seulement qu’on l’aime et qui espère là qu’on s’en souvienne. Il a tué, sans préméditation ni remords la Mère, le Père, le Patron, le Témoin, l’Épouse. Tous ont à la bouche une lecture de son acte, de son onde de choc sur leur vie.

Chacun sa version, unifocale, étanche à celle des autres comme sont dissociées les présences dans la scénographie de Christophe Bergon. Des miroirs verticaux tournent sur leurs axes, isolant les personnages tout en les mettant, jeux de reflets et frôlements, en mouvement et en lien.

Pas de dialogue mais des ricochets de paroles qui tentent une polyphonie morcelée, pour dire le collectif, la globalité d’un monde violent, nimbé heureusement de la belle lumière de Philippe Ferreira et du piano percussif de Sébastien Gisbert.

Déterrer nos rêves

C’est souvent fort, parfois inégal. On trouve au fil de la pièce certaines prises de paroles moins parlantes, parce que trop écrites, trop didactiques.

Piemme aime les mots, leur bruit et leur fureur. Il fait levier du langage comme un terrassier de sa pioche : déterrer les aspirations et les rêves ensevelis sous nos compromis quotidiens. Voilà en partie l’entreprise. Bournac prend à sa charge l’autre partie de l’enjeu : faire sens de ce trop-plein d’intentions et canaliser l’énergie des comédiens, parfois tentés par le sur-régime, pour amener ce beau spectacle à l’équilibre.

EN SAVOIR + sur J’espère qu’on se souviendra de moi

Share.

Leave A Reply