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« rien de plus indomptable que les mots… »*

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Du au TNT

Longtemps après cet Igishanga qui nous l’avait rendue inoubliable, un vibrant monologue où elle donnait à entendre la voix de femmes rescapées du génocide rwandais, Isabelle Lafon revient avec d’autres mots à partager et d’autres femmes à écouter : des Insoumises auxquelles elle consacre un cycle, dont le TNT programme deux pièces sur trois. Echange.

Toujours des paroles de femmes ?

Isabelle Lafon : Oui. Dans le nu de la vie et ces témoignages de femmes, pour moi ça a été un choc. Pas seulement ce qu’elles ont vécu mais la façon dont elles le racontent. La force des mots leur permet de tenir. Les mots font la lutte. Comme dans Deux ampoules sur cinq. Ces femmes sont insoumises, à des régimes politiques, à des époques et grâce aux mots, elles ouvrent de petites brèches.

A travers le travail sur la poétesse russe Anna Akhmatova, j’ai creusé l’idée du langage, de la quête de liberté et cela m’a intuitivement propulsée vers Virginia Woolf dont je lis le Journal depuis longtemps. Monique Wittig est venue ensuite (L’opoponax est la partie qui n’est pas présentée à Toulouse).

Leurs points de vue sont distincts mais elles partagent toutes le fait d’être des combattantes.

Comment les donnez-vous à entendre ?

Sur scène dans Let me try, trois femmes fouillent dans les papiers de Virginia Woolf et elles vont être, chacune à leur tour, attirées, happées par cette écriture qui vous empoigne. Son Journal est très volumineux et il est, comme elle, impossible à cerner.

Je voulais qu’on nous voit en train de piocher dedans, de rebondir de page en page, de fouiner dans l’œuvre. Que se concrétise l’idée un peu brouillonne de se plonger littéralement dans l’écriture de quelqu’un : comme dans Deux ampoules sur cinq où Lydia se plonge dans les poèmes d’Anna et les apprend par cœur pour qu’ils survivent à la censure.

Woolf tient le compte des petites choses du quotidien, de l’éphémère. Le spectacle est donc construit sur des fragments. On monologue chacune son tour, on improvise, on se parle aussi. Ce que je veux c’est que toute personne, même ne connaissant pas du tout Virginia Woolf, puisse voir le spectacle.

deux ampoules sur cinq

Deux ampoules sur cinq © Pascal Victor

Quel théâtre est le vôtre ?

J’aime les mises en scène simples, les dispositifs très dépouillés, les spectacles imparfaits. Dans mon théâtre, il faut que cela reste fragile, qu’un petit cœur continue de battre là-dedans (rires).

On s’interroge beaucoup sur la place du spectateur, car elle est très importante. Dans Deux ampoules on a d’ailleurs construit la scénographie là-dessus : on parle à voix basse, dans la pénombre, éclairées par des lampes électriques que tiennent des spectateurs qui sont obligés de s’approcher et par conséquent d’avoir une écoute particulière. ça nourrit le jeu et réciproquement.

Avez-vous d’autres projets ?

J’ai déjà fait un moyen métrage et j’aimerais vraiment faire du cinéma. Et sinon, développer le projet des Insoumises, en travaillant moins autour d’un texte et davantage autour de débats, de discussions. Il y a des échanges de haut vol dans des ateliers de quartiers à partir d’un film, d’un livre. Il faut encourager cela.

Et réussir à faire venir les gens au théâtre, les femmes, les jeunes, les gens qui n’y ont pas accès. En tant qu’actrice, il faut se donner le loisir de sortir des stéréotypes : choisir de monter ces textes-là, d’entendre ces personnes-là, c’est choisir des images de femmes tâtonnantes, mais avançantes, qui doutent bien sûr, mais qui sont tellement libres qu’elles nous éclairent.

EN SAVOIR + sur le cycle Les Insoumises au TNT

* extrait d’une citation de Virginia Woolf

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