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L’Art c’est la vie… de tous les jours

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Du au Les Abattoirs

C’est un peu ce que veut exprimer l’importante exposition Autour du Nouveau Réalisme, qui occupe le musée des Abattoirs à partir du 2 février. Elle a été impulsée à l’occasion des 40 ans du Centre Pompidou, un anniversaire qui essaime dans quarante villes de France.

Les Abattoirs proposent un ensemble impressionnant d’oeuvres des Nouveaux Réalistes, ces artistes qui, jeunes en octobre 1960, se sont réunis autour du critique Pierre Restany pour prôner un « recyclage poétique du réel urbain, industriel et publicitaire ».

En réaction à la vague abstraite de l’après-guerre, en réaction aussi à l’émergence fulgurante de l’industrialisation et de la consommation, les Nouveaux Réalistes utilisent comme matériaux les objets de tous les jours. Les affiches que Hains et Villeglé lacèrent, les voitures que César compresse, les néons, les objets au rebut… Ils détruisent pour reconstruire, ils arrachent, emballent, accumulent, chacun avec une approche très personnelle, un grand sens de la métaphore, du jeu, de l’humour et beaucoup d’amitié. Arman, Ben, César, Gérard Deschamps, François Dufrêne, Yves Klein, Mimmo Rotella, Niki de Saint Phalle,Jean Tinguely, etc. la liste des artistes exposés est impressionnante.

Restes et curiosités de Daniel Spoerri

Leurs oeuvres, présentées selon un parcours thématique, sont faites avec ce qui était alors leur « aujourd’hui », une équivalence caustique et triviale, performative, parfois comique des natures mortes hollandaises. Dans la nef on croise une « machine » colossale de Jean Tinguely, Dernière collaboration avec Yves Klein, prêtée par le Musée Tinguely de Bâle. Une oeuvre à vivre, à éprouver. Daniel Spoerri (87 ans), un des rares survivants de cette génération d’artistes y bénéficie d’une carte blanche. Ses célèbres Tableaux
Pièges sont exposés. Ils sont conçus grâce au collage d’objets de la vie quotidienne, y compris les restes des repas pris joyeusement en compagnie de toute la bande des Nouveaux
Réalistes. Une fois les restes collés, Daniel Spoerri redressait le support à la verticale,
lui donnant ainsi le statut de peinture.

Tout l’espace du sous-sol lui a été confié pour accueillir un grand cabinet de curiosités où se côtoient deux étonnantes collections d’art extra-occidental : la sienne et celle de Daniel Cordier (97 ans) avec qui il a créé Les Dadas des deux Daniel. A ces collections s’ajoutent des objets achetés puis détournés. S’y additionnent et y interfèrent également la Généalogie du Marché aux puces, Corps en morceaux et les plus récents Restes des restes.

Dernière Collaboration
avec Yves Klein, de Jean Tinguely © ProLitteris Zurich Museum Tinguely Basel

La résurrection d’un beefsteak

Plus exceptionnel encore, la présentation de vingt-cinq M.A.T. : Multiplication d’Art
Transformable, premiers multiples d’artistes (Marcel Duchamp, Man Ray, etc.) qui désacralisent l’oeuvre d’art en la rendant abordable. A voir aussi, des films historiques dont le fameux Résurrection appartenant aux collections des Abattoirs. Il nous fait suivre, à l’envers, le chemin d’un beefsteak, de la mort à la vie.

Enfin, au premier étage, les nouveaux Nouveaux Réalistes s’expriment en écho aux thèmes de leurs aînés. Déjà Picasso et Marcel Duchamp utilisaient « l’objet », intégré et détourné chez l’un, sous forme de ready-made chez l’autre. Les Nouveaux Réalistes ont porté cette attitude à son paroxysme, mais aujourd’hui des artistes
utilisent encore cette façon de créer, en faisant face à des enjeux différents de ceux des années 60. Certains sont très jeunes : Kevin Rouillard a 60 ans de moins que Daniel Spoerri. Et il y a aussi Joël Andrianomearisoa, Tomaz Furlan, Adela Goldbard, Cinthia Marcelle, Présence Panchounette. Kevin Rouillard présente un Monochrome bleu fait de tôles aplaties. Un hommage au génial Yves Klein ?

Présence Panchounette ironise sur la Décoration régionale. Une vidéo aborde la question de nos déchets aujourd’hui et Joël Andrianomearisoa
nous propose sa Boutique Sentimentale qui, les deux derniers jours de l’exposition,
fonctionnera comme une vraie boutique. Et puisque la vitalité des Nouveaux Réalistes est contagieuse, on en retrouvera les effets jusqu’à la librairie, la médiathèque et le restaurant des Abattoirs, mais aussi dans les rues de Toulouse et au Théâtre Garonne parce que, comme ils le disaient, l’Art c’est la vie… de tous les jours.

La dégénérescence guette les avant-gardes par
Présence Panchounette, 1983 © Droits réservés Cedrick Eymenier

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