Banniere Altigone saison 2017-2018

Je n’suis pas un héros

0
Du au Théâtre Sorano

S’emparer du mythe de l’Iliade pour le faire résonner avec notre époque, l’idée n’est pas nouvelle. Pourtant, la jeune et inventive équipe du Collectif À Tire-d’aile parvient à faire résonner avec justesse et contemporanéité ce monument littéraire d’Homère, ses 24 chants et 15337 vers.

Ils sont six sur scène et nous livrent un vibrant chant de fureur et de tendresse. Et si nous connaissons déjà les personnages de cette épopée –Achille, Hélène, Andromaque, Hector et Agamemnon– c’est un regard neuf sur ses héros qui nous est proposé. Rencontre avec Pauline Bayle, metteuse en scène du spectacle.

Pourquoi l’Iliade ?

Pauline Bayle : C’est un texte qui m’accompagne depuis que je suis toute petite et qui fait partie de mes livres fétiches ! Le théâtre par son aspect organique, sensible et incarné par des êtres de chair et de sang, permet de déployer toute la force, l’élan vital, que contient le texte d’Homère.

Il utilise la force pour parler des faiblesses des êtres humains. La trajectoire de ces grandes figures de la mythologie, tel qu’il les dépeint, me passionne. Ses héros sont avant tout des êtres humains avec des creux, des aspérités… Les personnages de l’Iliade sont d’une richesse infinie et je n’en ai toujours pas fait le tour ! Homère n’est jamais manichéen, il ne simplifie rien.

Quelles trajectoires suivons-nous ?

P. B. : Le premier mot de l’Iliade en grec c’est « mênis » qui veut dire la « colère divine ». Il n’y a pas de mot en français pour dire ce type de colère qui ne s’apparente qu’aux dieux. L’Iliade raconte l’apprentissage d’Achille, partant de sa colère vers sa compassion. C’est ce mouvement qui m’intéresse, ainsi que sa relation avec Hector. Achille et Hector se complètent et, en même temps, s’opposent. Tout ce qu’Achille est, Hector ne l’est pas. Leurs destins sont complètement liés –l’un a besoin de l’autre pour vivre et mourir– et pourtant ils ont des personnalités très différentes.

Les matériaux utilisés sur scène ?

P. B. : Au début du travail, je me suis rendue compte que la plupart de mes idées de scénographie ne servaient à rien parce que le texte était suffisamment fort pour se suffire à lui-même… Il me fallait mettre un coup de projecteur sur certains éléments de l’histoire, les armes d’Achille par exemple. J’avais besoin de raconter un délitement. Tous les codes que je fixe au départ sont rebattus. Il y a sur scène beaucoup de consommables, des choses qui s’altèrent en direct. C’est une manière d’éprouver la guerre en la voyant agir concrètement au fil du temps de la représentation. Elle modifie les êtres, les façonne et modifie l’espace en direct.

Des rôles d’hommes sont joués par des femmes ?

P. B. : Les figures d’Homère sont suffisamment riches, complexes, pour pouvoir être complètement autonomes et jouées par un homme ou par une femme. Parce qu’aujourd’hui, les femmes ont les mêmes droits, les mêmes devoirs et –en théorie en tout cas– la même place que les hommes ! Le personnage d’Achille se définit par son orgueil, son courage, sa colère… Tout ça, ce sont des traits de caractère qui se retrouvent aussi bien chez une femme que chez un homme. Je n’ai pas du tout besoin d’un homme pour mieux raconter Achille.

L’équipe du spectacle ?

P. B. : On s’est tous rencontrés au CNSAD, le Conservatoire national supérieur de Paris. Je crois que l’on peut dire que l’on a grandi ensemble et que cela continue. Nos relations de travail sont denses. Je suis attachée à créer un contexte de travail où la bienveillance sert l’exigence. Bien se connaître permet la confiance et, à partir de là, on peut se surprendre les uns les autres, aller visiter des terrains inconnus…

Share.

About Author

Leave A Reply