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Les quatre font la paire

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Du au Théâtre Sorano

Il y a longtemps qu’Isabelle Luccioni et sa compagnie Oui Bizarre habitent le paysage du spectacle vivant toulousain. Longtemps qu’elle arpente ces écritures qu’elle aime pour leur acuité : Beckett, Novarina, Joyce. Après avoir créé le magnifique Ulysse(s) l’an dernier, elle met en scène Les Quatre jumelles de Copi, un texte déjanté qui sent la liberté à plein nez et l’enfance mordante.

Pourquoi choisir de monter Copi, que certains disent « facile » ?

Isabelle Luccioni : Parce que j’aime ses pièces, je l’ai beaucoup lu, j’ai travaillé certains textes en ateliers, je l’ai vu jouer et j’adore son univers. Il y a une immédiateté dans son théâtre, dans les entrées des personnages, leurs dialogues, leurs actes, leurs morts, leurs réapparitions. Tout advient très vite, sans calcul, il y a peu de didascalies ou bien elles sont très brèves.

Aujourd’hui, face à la violence du monde, je crois qu’on a besoin de cette parole immédiate. De cette écriture qui nous oblige à sortir de nos gonds, de notre zone de confort. J’aurais pu monter un nouveau Beckett, ce sont tous deux des auteurs que j’ai découverts comme on fait des rencontres.

Mais Copi me met en terrain d’aventure, en état d’enfance, de jeu, parce qu’il jongle avec de la brutalité, des sentiments forts, extrêmes, qui sont ceux de l’enfance.

Comment la faire jaillir, cette parole ?

I. L. : En prenant son temps. Monter Copi ça a été pour moi un véritable trajet, ça demande de la lenteur, de la patience. Il faut creuser sous la surface, gratter sous les apparences. Copi a un style, il a créé un monde où l’on trouve tout, du cabaret, de la mythologie, de la tragédie. C’est une œuvre ouverte. Et il a une humanité, une grâce…

Je ne suis pas une spécialiste de son œuvre, je cherche surtout à respecter l’intensité du présent qu’il distille, et la soif, le ton qu’il y met. Copi était un exilé, un homme profondément libre, bien au-delà de son personnage public, de ses revendications pour les droits des homosexuels, de son humour de dessinateur. Il écrit comme il dessine, à grands traits, de façon éclatée, kaléidoscopique et en même temps très épurée. Une écriture au trait, comme sa Femme assise.

Quelle scénographie pour cette écriture ?

I. L. : Au plateau il y a des femmes et des hommes pour jouer les quatre jumelles, il y a du son, de la création d’images. J’avais envie d’énergies, de corps, de comédiens généreux : Jean-Yves Michaux, Thibaut Schoirfer qui vient du cirque, Séverine Astel et Catherine Froment qui vient de la performance, pour jouer toute la folie de ces chercheuses d’or (les jumelles Goldwashing) et de ces voleuses internationales (les jumelles Smith).

Chez Copi, tout est une farce car le temps de la vie est compté : ses personnages nous incitent à vivre. Et à résister. Pour moi, faire du théâtre, ce n’est pas seulement suivre mon désir de monter un auteur. C’est poser un acte, c’est m’interroger face à l’état du monde sur « qu’est-ce que je peux faire ? ». Copi traite tout cela, le racisme, la haine de l’autre, l’identité, la construction de soi… à travers la gémellité.

Il te donne envie, en tant qu’artiste, de prendre des risques, de tenter des choses, même fragiles ou de tout faire exploser (rires).

© Bruno Wagner

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