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Quentin Jouret : touriste au singulier et collectionneur de l’infime

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Du au Fondation Espace Ecureuil pour l'art contemporain

Quentin Jouret est plasticien, flâneur, regardeur attentif du presque visible. La Fondation Espace Ecureuil pour l’art contemporain l’accueille pour une exposition qui révèle l’attitude d’un artiste face au phénomène du tourisme de masse devenu industrialisé. Inaugurée le 21 juin elle accueillera tout l’été des touristes avides du cliché absolu de Toulouse : la place du Capitole

Pour cette exposition, Quentin Jouret s’est prêté au jeu du touriste pendant deux semaines, solitaire, dans deux des villes les plus touristiques qui soient : Londres et Florence. Une semaine à Londres en plein hiver, une semaine à Florence au printemps.

Au moment où j’écris cette chronique, les voyages sont donc effectués, la collecte est faite, les photos, films et enregistrements sonores sont captés. Reste à habiter l’Espace Ecureuil et à rendre perceptible cette expérience singulière.

Un éloge du flâneur

Quentin Jouret se demandait s’« il est encore possible aujourd’hui de retrouver un goût pour le voyage, d’éprouver encore une sensation d’aventure, de découvertes, d’inattendu ». Un certain romantisme en somme, un espoir de retour au voyage tel qu’il s’est développé au XIXe siècle dans ce monde devenu mondialisé, quadrillé par Google. En choisissant Londres et Florence, à côté du tourisme ambiant et des troupeaux suivant leurs petits drapeaux, Quentin est allé chercher quelque chose de nouveau, de solitaire.

Chaque matin, il partait à pied, sans programme précis mais sans éviter non plus les hauts-lieux touristiques, sans outil GPS, avec un chapeau rouge sur la tête, une poche pour les petites choses trouvées, un appareil photo et une caméra.

Il embrasse consciencieusement la condition de touriste et du dedans, discrètement, il pousse les murs et trouve un moyen de recomposer un territoire de flâneur. La flânerie, c’est son territoire artistique.

Il flâne plutôt les yeux au sol que le nez en l’air et trouve, ramasse, collecte, photographie, organise ces tout petits objets trouvés par terre. Et il en fait des séries. Des séries d’élastiques, de boutons, de capsules, de papiers froissés écrasés, de chewing-gums.

Chewing-gums et confettis

Tous ces petits objets dérisoires ont résisté aux vigoureux nettoyages municipaux. Il semble que Londres soit une des capitales mondiales du chewing-gum.

A la manière des muséums d’histoire naturelle, des musées d’archéologie, il les trie, les classe par formes, par couleurs, sans oublier que chacun a son histoire personnelle, ses traces de dents, son ADN en quelque sorte, sans oublier non plus la bouleversante déclaration des artistes anglais Gilbert and George qui ont dit que les chewing-gums c’était comme les homosexuels : « on marche dessus, on les jette, on les néglige… »

A Florence, ce sont des confettis, restes de fête qu’il a ramassés un par un et collectés. Des vidéos et des diaporamas sonorisés accompagneront ces collections émouvantes qui, de dérisoires, passeront au statut d’oeuvres.

Des photos en macro dans lesquelles les chewing-gums jetés au coin d’une rue auront du mal à se reconnaître. Et aussi une restitution cartographique très personnelle d’une journée à Londres, d’une journée à Florence.

Quentin Jouret est un touriste très atypique, une espèce de vagabond professionnel, disponible, attentif à tout ce qui se passe, sans surajouter de discours.

Espérons que les touristes de la place du Capitole seront amenés grâce à lui sur un territoire plus poétique.

EN SAVOIR + sur Quentin Jouret

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