Toutes voiles dehors

0
Du au Bikini

CHRONIQUE – Camille était en concert au Bikini le 17 mai dernier et elle vient de sortir son nouvel album : Ouï.

Le 17 mai au Bikini, on a assisté à l’accouchement du nouveau projet musical de Camille. La gestation a paru bien longue pour les fans de la première heure, mais cela en valait la peine. Les premières minutes, l’artiste est entièrement dissimulée sous un large tissu bleu. Toute la place est alors laissée à son incroyable présence vocale. C’est progressivement qu’elle apparaît, émergeant lentement de son liquide amniotique textile…

Camille s’économise les politesses habituelles : pas de « bonsoir » ni de petits mots entres les morceaux, ce qui peut déranger certains. Pourquoi s’encombrer de telles banalités ? Ces fioritures ne viendront point briser le charme ! Elle est là, toute entière, « ne mâche pas ses mots » et nous raconte sa traversée.

Telle une sirène, elle nous attire à elle avant de nous rejoindre dans la fosse lors d’une parade tambours battants. Si certains ont critiqué une scénographie digne d’un décor de MJC, on aime son esthétique volontairement pauvre, épurée, évoquant directement l’enfance.

Ce qui pourrait passer pour ridicule chez d’autres, prend des allures de volupté chez elle. On frissonne, se laisse caresser par les vagues qui émanent de la scène. C’est sincère, doux et âpre à la fois. On navigue avec elle au gré de tous ces questionnements laissés sans réponse et cette grande question métaphysique de la vie
et de la mort.

Cela la dépasse, et nous aussi…

Camille sait poétiser ce qui nous angoisse, nos plus grands bonheurs aussi. Sa métamorphose est permanente, elle lui permet de se régénérer. Au final, c’est toute une cosmogonie à laquelle on assiste, avec ses lumières et ses ténèbres. La maternité est passée par là, un deuil aussi. Des graines ou Seeds sont semées, enfoncées Sous le sable. Une Fontaine jaillit faite non plus d’eau mais « de lait ». La « fille à papa » comme elle le chante dans un titre composé pour son père récemment disparu, est devenue maman.

Elle demande « Où va l’âme ? Et la sève ? Et les larmes évanouies ? ». Le public ne s’y est pas trompé, il chantonne et connaît déjà par coeur le premier titre de cet album à venir. A la sortie, on porte encore en nous le vertige. Et si assister à un concert de Camille, c’était se reconnecter à quelque chose de plus vaste ? Comme l’a si bien dit –et en peu de mots !– un spectateur croisé à la sortie : « Je ne suis qu’une poussière dans le cosmos. Dans la douleur, je me retrouve… »

Share.

About Author

Leave A Reply