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Mot compte double

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Tout a démarré il y a une dizaine d’années : les mots déjà et le projet de collecter toutes sortes d’enregistrements, des extraits de journaux télévisés, des reportages sportifs, des poésies d’enfants, du slam, des micro-trottoirs, etc. pour explorer la diversité des formes orales. Rencontre avec Joris Lacoste et Pierre-Yves Macé autour de Suite n°3 qui fait de cette collecte initiale un foisonnant matériau scénique.

« Dans ce projet global d’Encyclopédie de la parole il y a l’idée de départ de collecter des choses dites, extraites du réel, dans des situations très diverses, sans faire de différence entre les genres ni les registres de langue, qu’ils soient triviaux ou poétiques par exemple » souligne Joris Lacoste le metteur en scène. « Pour pouvoir les mettre sur le même plan, malgré leur hétérogénéité, nous avons rassemblé ces enregistrements en fonction d’entrées thématiques communes comme dans une encyclopédie : cadences, mélodies, répétitions, etc. Puis, en écoutant leur richesse nous avons eu envie ensuite d’utiliser ces documents pour en faire des pièces sonores ».

Au commencement était le verbe

Réunies par un collectif de poètes, d’acteurs, de plasticiens, de musiciens, de metteurs en scène, de chorégraphes, de gens de radio, les paroles glanées ont alimenté plusieurs spectacles, d’abord en invitant un artiste à sonoriser un montage d’enregistrements, puis en les donnant à dire simplement à des comédiens, et aujourd’hui en les transformant en partitions pour des acteurs-chanteurs. « Il y a eu des conférences, des installations, une performance et on a cherché ensuite comment faire entendre différemment ces paroles : la mise en voix donne un effet de réel décuplé à ces fragments de discours ».

L’objectif étant cette fois de « garder la forme musicale de la parole », c’est le compositeur Pierre-Yves Macé qui a été chargé de transformer dans un premier temps les enregistrements en partitions musicales. Par déduction chaque mot prononcé dans les discours a été « traduit » en sons et en notes, illustrés d’indications de rythme et d’accentuation. Les extraits choisis dans ce corpus géant le sont délibérément en fonction des émotions qu’ils provoquent. Comment « digérer » par exemple tous les discours qui nous entourent et nous impactent, notamment les plus négatifs, les discours de haine, les propos désagréables, la bêtise déclamatoire…

Paroles en notes

Les deux acteurs-chanteurs, Bianca Iannuzzi et Laurent Deleuil sont accompagnés du pianiste Denis Chouillet ; après une phase de travail consacrée à rendre lisible la prosodie des discours et à intégrer cette partie chantée, ils se sont employés à revenir vers le phrasé « parlé ». « Ne pas être trop formels, retrouver une sorte d’accord magique entre les différentes paroles et faire se télescoper des discours toxiques et de la musique, ça peut être très drôle » comme le rappelle Joris Lacoste. « Le spectateur est actif, tout est séquencé pour lui ménager des surprises et jouer sur l’harmonie musique/texte ou au contraire sur le pouvoir d’altération de la musique ». Une expérience.

EN SAVOIR + sur L’Encyclopédie de la parole

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