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Depardon face à l’internement psychatrique

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Dans 12 jours, en laissant la parole à des internés psychiatriques sous contraintes, Raymond Depardon renoue avec la force de son cinéma : sa capacité d’écoute.

Avouons-le, on s’était particulièrement désintéressé des derniers films de Raymond Depardon, jusqu’à être échaudé par Les habitants, et son dispositif de vidéomaton dans un camping-car, qui rétrécissait les conversations de quidams à une sorte de GIF en images animé, glissait vers des conversations de comptoirs. Là où la rencontre avec des français ordinaires aurait dû capter un air du temps, il n’en restait qu’un brouhaha, un bruit de fond anodin en lieu et place d’un cahier de doléances du peuple de la fameuse « France d’en bas ».

Témoignages de notre époque

Les entretiens au centre de 12 jours -entre des internés sous contrainte, à la demande de leurs proches ou de leurs employeurs, et des magistrats qui doivent évaluer s’ils doivent rester en asile ou peuvent en sortir- rembobinent le cinéma du documentariste. Trente ans après San Clemente (immersion dans un établissement vénitien isolé) et Urgences, Depardon revient poser ses caméras dans des services de psychiatrie tout en invitant un de ses autres domaines de prédilection, la parole judiciaire, qu’il avait déjà observée dans Flagrants délits ou 10e chambre, instants d’audience.

12 jours met les deux univers face à face, pour une remise à zéro des compteurs. Le désarroi de l’époque s’installe lorsque le propos des internés semble plus limpide que celui de magistrats réfugiés derrière une langue administrative. Si certains cas semblent bien relever de la folie, c’est une autre démence qui ressort de ces échanges, celle d’une société moderne basée sur le rendement et l’aliénation. Les dix entretiens filmés font office de panel d’un mal-être beaucoup plus répandu.

12 jours confirme que l’époque ne va pas si bien. Au moment, où l’affaire Weinstein a déclenché une gigantesque libération de la parole, allant au-delà du problème du harcèlement sexuel, 12 jours et le temps qu’il laisse à ces internés pour s’exprimer, jusqu’à faire transparaître chez eux (il y a très peu de coup d’éclats ou de tension dans ce film), le soulagement d’avoir pu être écouté par leurs interlocuteurs, a quelque chose de bouleversant.

 

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