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On dirait qu’on serait mort (mais qu’on parlerait quand même)

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Du au Couvent des Jacobins

CHRONIQUE – Ce n’est pas souvent qu’on peut faire l’expérience de toucher la mort du doigt sans qu’elle nous réfrigère illico. Alors quand les gisants du Groupe Merci investissent les Jacobins pour le projet Ci-je gis !, un spectacle et une expo photo, on a envie de jouer avec eux.

Au coeur du cloître

Promouvoir le patrimoine en y associant des manifestations culturelles, c’est parfois juste une idée sur le papier, mais là, elle colle d’emblée à la photogénie du lieu : on sait le Groupe Merci friand d’endroits singuliers et le cloître des Jacobins est un havre idéal à sa balade en outre-vie : nimbé d’humidité automnale, quadrillé de petites haies, sentant l’humus crépusculaire, la terre molle, il sait du haut de ses quatorze siècles prêter sa sérénité à l’exercice.

Côté thématique aussi, en lieu de prière et de sépulture, l’endroit est sur-signifiant mais il n’écrase pas la proposition : on y sent affleurer partout les vies qui l’ont habité. L’invite artistique de cette épure de La Mastication des Morts est d’ailleurs toute simple : « Asseyez-vous au chevet de morts bavards et écoutez le récit de leur passage dans l’au-delà ».

Des morts facétieux

C’est donc attentifs et souriants malgré la gravité du sujet, armés de nos petits pliants, qu’on se pose au gré de l’humeur dans ce jardin labyrinthique où sont couchés trente-huit morts dans leurs cercueils à ciel ouvert. Il y a de la surprise : les morts sont facétieux, ils se hèlent soudain entre eux à travers le soir ; il y a de l’émotion : un visage de femme tout en rides et en pommettes ou un corps gêné étreint par de grosses mains torves vous rappellent peut-être quelqu’un ; il y a du rire : c’est si bête la mort quand c’est un accident ; il y a de la petitesse quand ces morts ragotent sur des choses dérisoires ; et il y a du vertige quand ils (comme nous) brassent des immensités qui les dépassent.

Il y a enfin ces histoires, ces regards échangés, et l’occasion si belle de fureter dans l’église, dans les chapelles, de passer sa main sur les pierres encore tièdes du soleil de l’après-midi, pour se souvenir sans peur qu’on y va tous. Et ça fait un beau moment, malicieusement philosophique.

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