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Hessie, ou l’art de la survie

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Du au Les Abattoirs

Hessie, artiste inclassable, engagée, puissante a construit toute sa vie un univers complexe et énigmatique. Le musée des Abattoirs lui consacre une rétrospective, intitulée Survival Art pour nous permettre de découvrir une oeuvre traversée par la résistance face à la dissolution, à la perte.

Le 29 septembre, quand cette exposition toulousaine a été inaugurée, Hessie était vivante. Elle est morte d’une crise cardiaque quelques jours plus tard, le 9 octobre. Elle était née 81 ans plus tôt à Cuba d’une famille métissée des Caraïbes. C’est une artiste singulière, autodidacte, immigrée.

Elle a quitté Cuba dans les années 60 pour vivre quelques années à New York, où elle rencontre le peintre yougoslave Miodrag Djuric dit Dado. Ils se marient et elle le suit en France avec ses deux enfants, ils en auront trois autres, et s’installent à Hérouval, dans l’Oise dans un moulin que le collectionneur Daniel Cordier met à leur disposition.

Broderie et collage

Elle s’appelait Carmen Lydia Djuric, mais a choisi Hessie comme nom d’artiste. Retirée dans sa « chambre à soi » à Hérouval, pour s’isoler quand elle le pouvait d’un quotidien très lourd, elle pratique la broderie, le collage qui sont pour elle un message de survivance et de féminisme.

Elle raconte que c’est une visite au musée des Arts Décoratifs de Paris qui a opéré un déclic dans son travail : une chaussette reprisée par un moine… Dès lors, fils et aiguilles deviennent ses pinceaux. A la fin des années 60, elle crée une oeuvre plastique vraiment singulière : sur des tissus écrus très sobres, elle développe un répertoire de formes entre abstraction et figuration, organique et géométrique, microscopique ou macroscopique. Ce sont ces travaux qu’elle a nommé Survival Art.

Cette pratique ancestrale de la broderie concilie à la fois son besoin de créer, de réparer et de sublimer son quotidien.

« Des poèmes de noeuds »

La critique d’art Aline Dallier dit d’elle « qu’elle fait partie de ces nouvelles Pénélopes qui usent du langage féminin pour le subvertir ».

En 1983, elle parle ainsi de ces créations : « ce sont des poèmes de noeuds où la mémoire égrène comme un chapelet au travers du temps ; éternité de gestes, qui englobe les mondes multipliés par le désir de survivre – voyants et non-voyants se rejoignent dans un appel aux sens tactiles ».

L’exposition des Abattoirs consacre une salle à ces travaux délicats sur tissus écrus, mais il y a aussi, les grattages, les collages à base de récupération domestique : boutons, papiers, filets d’emballage, poussières, objets cassés, vêtements…

Dans l’intimité de l’artiste

Et au milieu de cette deuxième salle, un film : Silence, réalisé en 2016 par Perrine Lacroix à la suite de leur rencontre à Lyon. Tourné à Hérouval où elle vivait seule depuis la mort de Dado en 2010, ce film n’est pas un documentaire mais une oeuvre poétique, un portrait intime où, proche de la mort, Hessie dévoile son histoire et ses souvenirs.

Elle dissipe un tout petit peu le mystère qu’elle a longtemps entretenu autour des événements de sa vie, y compris les plus douloureux et les plus intimes. Survival Art, déjà en 1975, elle avait donné ce titre à l’exposition du musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Ce terme, prémonitoire, prend une dimension supplémentaire quand on sait que ses oeuvres ont échappé de peu à la destruction lors d’un incendie au Moulin d’Hérouval.

EN SAVOIR + sur Surival Art

 

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