Circa 2018
pub flash

« Cultiver l’érotisme » ! Rencontre avec la sexologue Capucine Moreau

0
Du au L'Ecole de Capucine

Capucine Moreau, sexologue atypique, a lancé son école le 20 novembre dernier à Toulouse. Elle y propose des ateliers pour adultes et ados, des cycles de formation, de l’accompagnement individualisé mais aussi des conférences et rencontres publiques. Elle nous raconte ses projets et échange avec nous sur les liens étroits que l’on peut tisser entre érotisme et créativité.

L’école de Capucine, késako ?

Capucine Moreau : J’ai animé plusieurs années l’antenne locale du Cabinet de curiosités féminines de Toulouse (NB : plateforme web et ateliers dédiés aux sexualités https://cabinetsdecuriosites.fr/) puis, j’ai eu envie d’aller plus loin en proposant une école. Au-delà des consultations, j’ai créé des espaces d’échanges dans la sphère publique car dans mon propre parcours de femme, je me suis rendue compte qu’il y en avait très peu… Aucun endroit pour de réelles discussions en ce qui concerne l’érotisme.

Pourtant, on a l’impression que le sexe est partout ?

C-M : Que ce soit sur internet ou dans l’espace public, dès que l’on en parle c’est vite sulfureux. Pour aller plus loin, il faut chercher dans des endroits plus cachés… Mon souhait est de rendre ce sujet accessible car même si l’on entend dire qu’il n’y a plus de tabou, il existe encore une forte gêne à en parler réellement. On est censé pouvoir tout faire et être totalement libre. Le fait de dire qu’il n’y a plus de limites implique d’autres types de normes. Mon école ne s’adresse pas uniquement à des initiés mais à des personnes non aguerris, pas toujours hyper à l’aise. Elle se veut complètement mixte. Je vais d’ailleurs démarrer un cycle hommes courant janvier.

Tes ateliers avec les ados ?

C-M : Il s’agit de donner des outils aux jeunes pour qu’ils puissent s’approprier leur corps. Quand on est ado on se demande surtout si « c’est normal ou pas normal », si on devrait faire-ci ou faire-ça… Je fais en sorte qu’ils captent ce qui est bon ou pas pour eux, dans une vision plus positive des choses. Il ne s’agit pas juste leur faire peur, parce que cela ne sert à rien. Les ados, s’ils sont amoureux, y vont. Visiblement, il y a un vrai besoin car il y a beaucoup de répondant sur cette initiative.

Tu parles d’ « érotisme » et pas seulement de « sexualité » ?

C-M : Nous avons beaucoup d’images toutes faites et très stéréotypées sur ce que doit être la sexualité. L’érotisme, c’est beaucoup plus large, plus riche, plus englobant. Il s’agit de tout ce qui dépasse la sexualité coïtale et reproductive. Si l’être humain est programmé pour ce rôle, il a inventé beaucoup de choses pour enrichir cet acte de base. L’érotisme est très créatif, c’est tout ce qui nous rend vivant, qui créé du lien avec les autres et en nous.

Une « école » pour apprendre l’érotisme ?

C-M : Ce terme est volontairement provoquant. On a l’impression que la sexualité est innée. Pour se reproduire, elle l’est. Mais il s’agit d’en faire un lieu de créativité. L’érotisme se cultive ! Je propose différentes activités pour permettre à chacun.e en fonction de ses besoins de choisir celle qui sera la plus adaptée. Ce sont des parcours évolutifs en fonction de là où l’on en est. Il n’y a rien d’autre en France de cet ordre là. Je veux faire de l’érotisme un sujet comme un autre, et même un art !

Quels liens entre ton travail et l’art ?

C-M : Lors des ateliers de curiosités féminines, on a mis en place des reportages dessinés avec plusieurs illustratrices que vous connaissez à Flash! dont Nadia Von Foutre. Toutes étaient présentes pour donner à voir ce qu’il se passait. Si les mots sont importants, le dessin est devenu une matière incontournable pour moi. Je trouve dommage qu’à Toulouse on ait rarement l’occasion de voir des spectacles vivants ou expositions sur ces sujets… L’art autour de la sexualité et de l’érotisme est très vite taxé de pornographie. Les artistes qui travaillent sur ces sujets ont du mal à être montrés.

Tu fais toi-même du théâtre et de la danse…

C-M : Cela m’apporte des outils. L’art vivant demande un fort travail d’écoute et du corps. Dans l’art, il y a une énorme énergie sexuelle, la libido est très sollicitée. Un artiste peut ne plus s’intéresser à la sexualité à l’état pur, ce qui n’est pas forcément un problème. C’est comme si c’était un peu la même énergie créative. Certains artistes qui viennent dans mes ateliers sont très à l’aise avec leur corps mais ne le sont plus du tout dans l’acte érotique. Perdre de la pudeur peut nuire à l’intimité et perturber ce moment où il s’agit de s’ouvrir et d’être dans quelque chose qui n’est pas performatif.

Des similarités entre activité érotique et artistique ?

C-M : Je vois un grand parallèle entre ce qui peut être mobilisé en soi lors de l’acte créateur artistique et lors de l’acte érotique. Quand on travaille sur son imaginaire érotique, on cherche à toucher une forme de moment présent, seul ou avec l’autre. C’est proche de l’activité artistique et j’ai l’impression qu’en travaillant sur l’un, on peut avancer sur l’autre. Il y a des formes de ponts.

La suite ?

C-M : Je commence une série de conférences à Bakélite, l’ancien GHP. Une fois par mois, je vais occuper le lieu. On va commencer avec le vaste sujet du couple qui génère beaucoup de questionnements… C’est un sujet de société important. Tout est encore fondé sur le couple sauf que cela ne marche plus trop bien, alors comment fait-on ? Comment vivre l’érotisme au sein du couple dans une société où l’on prône de s’éclater tout le temps ? On tentera des réponses ensemble !

EN SAVOIR + sur l’Ecole de Capucine

 

Share.

About Author

Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.