Circa 2018
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L’art subtil de la discrétion

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Du au Espace Ecureuil

CHRONIQUE – Alors que les médias nous abreuvent d’oeuvres « sensationnelles » à consommer brutalement, l’Espace Ecureuil propose, L’Art de la discrétion, une exposition toute en finesse, en délicatesse, en intelligence.

Le commissariat de cette exposition a été confié à Quentin Jouret, artiste qui fait de la discrétion l’objet de sa création et de ses recherches. Il a totalement repensé l’Espace Ecureuil pour nous proposer une circulation douce et fluide à travers dix petits espaces.

Ce n’est pas une exposition marathon, au contraire, il faut prendre son temps, flâner, désacraliser. Elle est riche d’une quarantaine d’oeuvres classiques ou contemporaines, certaines empruntées au Musée des Augustins, au Musée Paul Dupuy, au Musée Georges Labit, au FRAC, ou créées pour l’occasion.

On peut choisir, « brouter », une oeuvre et pas une autre, rencontrer au détour d’un couloir : La Joconde est dans les escaliers, oeuvre iconoclaste, modeste et drôle de Robert Filliou, un anti-héros de l’art.

On s’interroge devant le tas de bonbons (photo) qui se trouve dans un angle d’une salle. Il s’agit d’une sorte de copie, de réincarnation. Une création bouleversante de Félix Gonzalez Torres, mort du Sida à 39 ans en 1996. Le tas de bonbons est d’un poids égal à celui de l’artiste, le public peut en prendre, en manger, et le tas diminue jusqu’à disparaître. Oeuvre riche de paradoxes, à la fois minimaliste, tendre, généreuse et militante.

On s’émerveille devant les dix-huit étagères où sont déposées de petites sculptures délicates et très abouties de Rémi Magnouat. Et pas loin, on trouve une salle où l’on est comme chez soi : des livres, choisis par Quentin Jouret, des fauteuils, un plan de l’exposition plein de charme. Un moment pour démarrer ou approfondir une recherche, reprendre des forces avant de découvrir le jubilatoire film de Frédéric de Manassein, et le dessin perpétuellement éphémère d’Oscar Munoz, escamoteur d’image, doux Sisyphe qui dessine un portrait sur une pierre chauffée par le soleil.

L’image apparaît et disparaît sans cesse. Là, j’y ai vu une petite fille qui ne voulait plus partir, fascinée par ces perpétuels disparitions et recommencements.

EN SAVOIR + sur L’Art de la discrétion

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