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Ibsen, lanceur d’alerte ?

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Du au Théâtre Sorano

Après le succès de sa dernière création J’espère qu’on se souviendra de moi, Sébastien Bournac directeur du Théâtre Sorano met en scène Un ennemi du peuple d’Ibsen avec les mêmes comédiens fétiches. Entretien.

Quelle énergie a entouré le choix de cette pièce ?

Sébastien Bournac : Je suis plongé dans la lecture d’Ibsen depuis l’été dernier. J’ai tout relu, j’ai fait un vrai voyage dans l’oeuvre. Pour moi Ibsen est un génie incompris. Il a écrit des pièces incroyables, comme Les Revenants par exemple qui a fait scandale à l’époque.

Et Un ennemi du peuple est une pièce exponentielle, une pièce de colère qui va crescendo. Il la présente d’ailleurs au départ comme une comédie qui prend naissance dans le conflit entre deux frères, et il l’écrit en plein âge d’or du vaudeville, mais il ne tient pas le schéma de la comédie jusqu’au bout, c’est plus fort que lui : il y met de la noirceur, de la folie, il est comme un enfant qui finit par gribouiller son beau dessin !

En quoi cette histoire nous parle-t-elle aujourd’hui ?

S. B. : De mon point de vue Un ennemi du peuple est une pièce qui n’est pas uniquement contemporaine par le thème (un lanceur d’alerte de l’époque qui se trouve être le frère du maire découvre que les eaux de l’établissement thermal de la ville sont polluées) mais surtout par son état d’esprit. Ce qui m’intéresse ici va bien au-delà du combat que mène le docteur Stockmann : c’est plutôt de creuser la disjonction entre les intentions et les actes ou comment on passe d’un argumentaire légitime à une sorte de fanatisme de la vérité. On peut mener un combat juste pour de mauvaises raisons.

Le personnage central justement, le docteur Stockmann, est joué ici par une femme…

S. B. : Oui j’ai choisi de le faire interpréter par Alexandra Castellon car le fait que ce soit une femme donne une visibilité maximum à la transformation du personnage. On est dans une démesure très propre à Ibsen, il écrit des choses folles, très fantaisistes et j’avais envie de le « tirer » vers les Russes, vers l’univers mental des fous, vers Gogol. De le sortir un peu du salon naturaliste où on le cantonne trop souvent. Amener cette pièce ailleurs que dans la satire sociale, de la petite bourgeoisie, des politiques ou des journalistes, où on la situe d’habitude.

Quelle adaptation a subi le texte ?

S. B. :  J’ai travaillé avec Jean-Marie Piemme, avec lequel j‘ai travaillé sur mes créations précédentes. D’ordinaire les différentes traductions sont, comme les mises en scène, plutôt naturalistes. On a gardé la traduction du XIXe siècle en assumant sa théâtralité, mais on y a rajouté un poème, une métaphore, et on a clairement été à fond dans la démesure du 4e acte.

C’est un quasi monologue, le bon docteur Stockmann ne lâche rien, il en fait des tonnes ! Et c’est un plaisir d’exploiter toutes les dimensions du texte d’Ibsen, sa dialectique, sa polyphonie. On va vers la farce, vers les portes qui claquent, et la nature de la pièce se révèle alors insaisissable.

Quelle « morale » pourrait-on tirer de cette pièce ?

S. B. :  Justement aucune ! On est tous des ennemis du peuple potentiels et tous comme le docteur Stockmann des individualistes forcenés. Ce que la pièce montre c’est que la recherche de la vérité à tout prix peut mener à des idées controversées. Ibsen n’est pas naïf, ce qui l’intéresse, et moi avec, c’est l’âme humaine et comment les conflits de société font écho à l’intérieur même des individus.

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