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Festival du cirque actuel, CIRCa 2018 : chroniques

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Du au CIRCa - Auch

Pour cette 31e édition du festival du cirque actuel de CIRCa, nous vous proposons une série de chroniques de spectacles. Histoire de savoir à quoi ressemble le cirque en 2018, quelles formes sont développées, quelles thématiques explorent les artistes. Un point d’étape sur une histoire artistique. Du plaisir et des émotions à partager.

O let me weep – Cie Les mains sales

Dès l’entrée dans la petite salle chaleureuse du Centre Cuzin, nous sommes salués un à un par la violoncelliste de la compagnie. La piste est matérialisée, remise au centre de la salle. Le public s’y installe à 270 degré.

Un portique, un couple, quatre yeux bandés et des éclats de verre pour encercler la piste.

Plusieurs séquences dans cette création amène le spectateur à écouter les questionnements et réflexions des deux protagonistes. Pseudo-absurde, le jeu se poursuit par une mise en danger corporelle. Colline et Serge vont alors tester leur confiance, ils s’appellent pour se repérer sur la piste. Leurs voix si sincères nous rapproche de l’action. On peut alors constater que leur proprioception est fortement développée. Elle enlève son bandeau la première et se joue de son porteur, le guidant à la voix pour se jeter. Il est à se demander jusqu’à quel point la non-maîtrise est contrôlée…

La jauge limitée crée alors une intimité entre les artistes et le public. Les portés en cascades sont exécutés aux pieds des spectateurs. Le cadre aérien rotatif est au centre de leur pratique circassienne. Un agrès peu courant qui démontre l’ingéniosité et l’innovation de cette compagnie qui s’y exerce depuis quelques années. Leur technique est sûre.

L’accompagnement musical des corps apporte de plus en plus d’intensité à l’action, une mezzo soprano vient souligner la dramaturgie en jeu et le violoncelle soutenir l’intention. La musique prend une place aussi importante que le portique dans cette création qui conduira le drame à son apogée. Du classique au contemporain, l’évolution du style musical prouve aussi la qualité des deux musiciennes.

Une création poétique, sincère et qui ose mixer les arts, décortiquant devant nous les forces et fragilités de Colline et Serge.

Jérôme Cordoba

Hurt me tender (points de vue) – Cirk Vost

Un des derniers à m’installer dans les gradins de cet énorme chapiteau, je me retrouve assis au premier rang, proche des longes et d’un pilier de l’imposante structure aérienne.

Il s’agit d’une structure de 11 mètres installée sous la bâche du chapiteau ; avec un grand volant, un cadre aérien, une chaise aérienne, un porteur coréen, où les voltigeurs passent de main en main.

Comme son nom l’indique, cette création a pour recherche le changement d’angle de vue chez le spectateur en utilisant l’intégralité de la surface et des hauteurs. Tout le chapiteau devient un espace scénique.

Une femme traverse la scène… et tout commence dans le public, situé face à l’action, neuf acrobates investissent le gradin. Compte tenu du look urbano-circassien du public, leur dissimulation s’est faite sans trop de difficultés. Cette bande surgit alors sur scène dans une ambiance rock-électro délirante ! Ce collectif explosif cri, saute, chute, cours dans une série de cascades et d’acrobaties. Ils choisissent également un dixième acrobate. Un jeune intimidé est pris dans le public puis est propulsé sur scène.

La musique live, orchestré par les trois musiciens des « pédés du ciel », renforce aussi le contact avec le public, leur propre jeux est un spectacle en soi qui se fond dans cet ensemble.

L’équipement est impressionnant : deux mini portiques mobiles porteur coréen où le voltigeur saute du sol directement dans les bras du porteur, une structure intermédiaire située contre les poteaux de tour et deux trapèzes ballants à deux hauteurs différentes. Le plus bas à 8m, son pic avant et son pic arrière se situent au dessus du public. Cela signifie que la trapéziste se jette au dessus de nous. Mon regard est alors autant absorbé par les longeurs qui sont à 2m de moi que par les prouesses de la voltigeuse.

L’installation du filet et des structures deviennent de véritables chorégraphies et le patin à roulette, acrobatique. Une heure qui défile dans un rythme corporel intense.

Cependant l’action se déroule parfois sur une amplitude du sol au plafond et de bâche à bâche qui force le spectateur a utiliser l’intégralité de ses vertèbres cervicales. Chacun des spectateurs soulèvera son détail, aura sa lecture et ses sensations selon où il est placé. C’est un show à revoir en changeant de place !

Progressif, dansant et très acrobatique, vous en prendrez plein les yeux, comme avec le nuage de magnésie qui en résulte.

Jérôme Cordoba

L’Absolu – Cie Les Choses de Rien, Boris Gibé

Se présentant comme du cirque métaphysique ce spectacle se produit dans un lieu atypique : un silo.

Avec 99 autres spectateurs, me voilà alors prêt à être ensilé. 12 m de haut, 9 m de diamètre, 2 escaliers en double colimaçon sur 4 étages proposent aux spectateurs de s’installer proche des parois. Un silo pour un solo, seul avec moi. Nous serons séparés les uns des autres, éloigné par le dénivelé entre 2 fauteuils comme pour affirmer son surmoi.

Ce bâtiment initialement agricole, devient alors le lieu d’exploitation des profondeurs de notre psyché. Un tube métallique pour nous montrer les fruits du travail de Boris Gibé sur le néant. 360° de tôle comme pour contenir nos angoisses, nos phobies, nos grains de folie et déformer notre perception de gentil spectateur. C’est une aventure intrasensorielle et sensitive qui nous est proposée là. Rien n’est palpable ni repérable… et ne peut réveiller notre « ça. »

Le vide, une danse vertigineuse à dompter, un manque à combler, une réalité instable prend forme et se déforme et le noir nous accompagne. Seuls les éléments naturels raccrochent notre conscience à une forme déjà existantes, comme pour soulager, faciliter le passage vers… une membrane dégoulinante, un sol mouvant, une profondeur augmentée. Des illusions qui nous transportent vers… une image d’entrailles, un néant visualisable, une tempête qui égraine nos pensées. Et puis on est absorbé vers… une corporalité qui noie les techniques circassiennes et une intensité déployée qui ne nous laisse que quelques bouffées d’air.

Alors on se demande que fera germé ce spectacle en nous ? Quel grain moudra-t-il en nous ?

Un spectacle à vivre avec tout son être et où il vaux mieux avoir tous les fagots à l’abri.

Jérôme Cordoba

Red Haired Men – Alexander Vantournhout

Dans une blanche scénographie épurée utilisant une chaise, une table et un cube, quatre circassiens pour trois personnages se présentent à nous. Ce cube est le podium d’un homme roux. Ce roux en majesté se tient tel une pièce de musée à l’entrée des spectateurs.

Dans un élan d’hybridation, la recherche de matière prend comme point de départ la poésie absurde et la microprose chantante du romancier russe Daniil Harm. Structurant la création, ses textes rythment avec délicatesse de renversantes séquences. Le silence accordé à la scène laisse alors au public le soin d’étudier les détails ou d’être même accompagné par la respiration de son voisin de gradin. L’œuvre contemporaine présentée ici se confond avec l’étrangeté des corps en contorsion et avec des instants d’humour subtils.

La lenteur des premières séquences est alors dynamisée par les chorégraphies acrobatiques qui resteront douces et gracieuses. Un piano vient alors occuper l’espace sonore, vide jusque là.

Cette œuvre peut sembler décousue dans sa dramaturgie mais il suffit d’appréhender le travail de Daniil Harms, poète – homme de théâtre de l’avant garde soviétique des années 1920 pour mieux la recevoir. En effet l’anti-logique est de mise et les attentes sont brisées, volontairement anéanties. Cela ne convient apparemment pas à certains spectateurs, puisqu’ils quitteront la salle avant même les premiers mouvements et premières notes de piano.

Le contexte social dans lequel évoluait Daniil Harms explique aussi les choix artistiques et se voit mis en scène par ce cube. Un cube qui voit apparaître et disparaître les protagonistes, comme pour marquer une page qui se tourne, une nouvelle qui débute, un proche qui s’en va.

La magie mêlée à la volonté d’y nuire par un jeu comique perturbe finement le spectateur dans sa réception. Ce spectacle accessible à des post-néophytes casse les codes de la piste pour une proposition renversante. Les contraintes auto-infligées dans cette création poussent les corps dans la recherche produisant des images déstabilisantes. Ce spectacle est conseillé à partir de 14 ans, signifiant que son appréciation fait appel à une analyse et une réflexion plus fine au sujet des innovations circassiennes.

Jérôme Cordoba

L’Ouest loin – Olivier Debelhoir

Vous voulez de l’absurde !? Et bien vous êtes servis ! Avec L’Ouest loin, la débilité prend un sens noble. Écoutons d’abord quelques airs de variétés françaises à l’accordéon, un petit Balavoine, ça faisait longtemps ! Et puis sur le plateau, on voit : une poutre, deux cantines, une pelle, un accordéon, une paire de patinettes et un escabeau.

Un décor dans lequel on admire le travail d’un trappeur égaré qui ridiculise ses prouesses.

Il nous offre son plus beau chant et ne quitte jamais ses chaussures de ski. Il se risque à des équilibres complexes auto-commentés. Sa voix calme et sereine contraste avec son corps mis en danger. Sa technicité décalée voile le degré de difficulté de ses figures, comme pour prouver son humilité. Un jeu fin et burlesque, une prise à partie du public pour le rendre responsable de ses actes, ce dernier prendra de plus en plus de hauteur et de risque.

« Du vrai saut à ski », un jump de trente minutes pour décoller et décrocher de la rigidité de nos vies.

Jérôme Cordoba

DRU, Trapèzes sous tension – La JUNE

DRU, c’est un portique, pour deux trapèzes. Un tapis et rien d’autre… C’est aussi deux femmes : la simplicité et la sincérité. Un trapèze c’est deux cordes et une barre, pour une pratique athlétique, mais pas ici… Là il est à portée d’un saut bras tendus, il est alors déstructuré, le ballant devient latéral. Sans laisser de côté la rigueur physique, elles nous offrent une musique percutante et douce à l’image de leur pratique de cet agrès iconique.

La finesse de leur jeu, la douceur du chant, vous oblige à soigner notre rire. Le paradigme clownesque est présent par la volonté de rendre beau ce qui ne l’est pas et de transformer les fragilités en force. DRU, c’est Délicat et Refuse l’Uniformisation et c’est Doux et Révolutionne l’Unité. DRU, c’est Drôle, Raffiné et Unique. Sous la douche de lumière finale, le corps tremblant nous surprend, Un rafraîchissement qui suspend toute intention.

Jérôme Cordoba

Le Gros sabordage – La Mondiale générale

Un plateau vide, une douche, un peu de silence. Un lecteur indique au public : « Vous avez le droit de… » … de vous échapper du rythme infernal de nos vies ! Car dès la situation de départ on nous laisse décortiquer chaque mouvement. Comme lors de cette traversée de scène collective en équilibre sur un madrier. Commençant à vingt centimètres, ils finiront à quatre sweats capuches colorés sur le même basting à un mètre du sol.

Leurs déplacements interdépendants sont silencieux, seul quelques soupirs et claquements de bois viennent alimenter l’ambiance sonore. Dans cette épreuve d’équilibrisme, il est indispensable de prendre son temps. Tout au long du spectacle ils dénaturalisent leurs exploits collectifs au profit de l’absurde et cela juste avec un simple geste ou un regard.

Le rythme est pulsé par le mouvement d’un cerceau, d’abord hypnotisant par ses isolations horizontales, il devient un challenge partagé. Faire du hula hoop à cinq, c’est une épreuve de force. Le micro posé sur le plancher amplifie son grincement, le son du cerceau et des corps. La respiration de l’artiste à la tâche et ses gémissements transpirent l’humanité dans cet absurdité ambiante. Mis en relief par la mini-sono se baladant dans le public, il semble un instant vous souffler dans le cou le vent de sa fragilité.

Le fond de scène s’avance, se referme pour accentuer la sensation d’intimité qui sera complète lorsque les hommages au défunt seront annoncés. Le public supporte alors le deuil de ces hommes et de cette femme se livrant à cette renversante épreuve.

Après Sabordage !, Le Gros sabordage s’appuie sur des éléments communs pour démontrer la finesse du silence et sa « mise en tension relâchée » nous offre un humour tout aussi fin.

Jérôme Cordoba

 

Saison de Cirque – Cirque Aïtal

D’habitude, Kati + Victor = Cirque Aïtal. Mais pour cette création, à contre-courant des formats économiques dominants, ils font le pari d’une création intégrant onze artistes au plateau.

C’est pourquoi ce nouveau spectacle collectif est attendu… Comment vont-il intégrer leur virtuosité et inclure ces nouveaux artistes sur la piste ?

Après 15 ans de carrière, Victor et Kati prennent le risque de l’altruisme. Lui, le mastoc bourru, et elle, la clown catapultée invitent d’autres circassiens à partager la piste, comme pour y dessiner tout ce qui se fait aujourd’hui dans cet art.

La pluie, ennemie du monteur de chapiteau, pose une première image au centre de la piste. Une mise en scène théâtrale vite rattrapée par les codes du cirque traditionnel. Tous les éléments de ce cirque y sont représentés : chapiteau, piste, clown, cheval, roulements de tambour, paillettes. Mais ces traditions sont revisitées pour offrir une mise en abîme des loges, avec un rideau de fond de scène qui se déplace autour de la piste. Il permet de redynamiser les entrées/sorties et créer une mini-scène en soi.

Les disciplines sont elles aussi à cheval entre le cirque d’hier et d’aujourd’hui : barre russe, massues, dressage, voltige équestre, chaîne aérienne et bien entendu banquine et acro-portés.

En fond, quatre musiciens entament des airs de ska pour pulser l’action et accompagnent de cymbales et autres instruments les gestes des circassiens. Ils mettent ainsi en valeur le travail clownesque de Kati ou les triples saltos à la barre russe.

Un vrai spectacle familial pour les frileux du cirque métaphysique. Et ça fait du bien de voir « ce putain de clown ! »

Jérôme Cordoba

 

La Chute des Anges – Cie L’Oublié(e), Raphaëlle Boitel

Babylone s’est effondrée et qu’est-il resté ? Les mayas ont disparu, qu’en est-il aujourd’hui? Les pharaons ont laissé des vestiges, les empires se sont succédés et de nouvelles civilisations ont pris le relais et si c’était le tour de notre civilisation de prendre fin ? Les raison de cette auto-destruction qui semble toute proche sont nombreuses, surpopulation, dégâts environnementaux, manipulation de masse, inaction…

Voilà le constat Raphaëlle Boitel. Elle nous propose pour y répondre un univers du « après », un monde sensible où les anges restants tentent d’avancer. Leurs relations fragiles se chorégraphient et se raccrochent au futur.

Cette création hybride les techniques artistiques : théâtre, cinéma, cirque ,danse. La place importante de la musique, de l’ambiance sonore confère un certain ésotérisme à l’œuvre. Elle soutient les intentions des actes de cette pièce de cirque en maintenant le suspens, la question du « et après ? ».

Tendant parfois vers l’opéra, les protagonistes développent un langage corporel propre et défile au lointain, le 4ème mur pouvant se confondre à un écran de cinéma.

La scénographie est intimement conçue avec la création lumière, des bras articulés offrent des sources lumineuses qui sont repères pour les Anges. Les mains tendus en leurs direction transmettent alors leurs lot d’émotions. Ces bras articulés prendront progressivement de plus en plus de place sur scène créant une oppression mécanique, un clin d’œil à notre société de la technologie.

Le ballant du mât oscillant et le mouvement des anges participent aussi à cette dramaturgie.

Tout cela provoque alors un visuel puissant comme pour marquer les enjeux à venir.

La Chute des Anges dénonce notre absurde complexité avec une dimension poétique et philosophique. Il donne donc matière à réflexion pour quelques questions existentielles !

Une fiction romancé ou notre réalité assombrie ? Politiquement dégagé elle laisse le soin à chacun d’y réfléchir. En sortant de ce spectacle, vous n’aurez sans doute pas envie de vous « trémousser sur le dancefloor », bien qu’après une chute il faut bien se relever.

Jérôme Cordoba

 

Météore – Compagnie Aléas

Un plancher sur la piste. Une échelle double sur le plancher. Un couple sur l’échelle. Un battement de cœur pour amorcer… Pas un mot. Pas de pas au sol. Elle ne descendra pas.

Mais pourquoi lui, mettra pied à terre ? Après quelques traversées, une rengaine s’installe, le cœur s’emballe, faisant alors vibrer le plancher.

L’échelle claque sous les mains de ce couple, une relation acrobatique en dent de scie, une ascension en constant contrepoids, la descente qui en découle.

Le rythme intensifié par les distorsions sonores conduit à un renversement structurel, avec ces deux corps opposés en suspension, équilibrant l’objet. Ce spectacle peut se lire comme la vie d’un couple : sinusoïdale, symbiotique et fragile… ou bien constante, interdépendante et puissante.

Jérôme Cordoba

 

Dans ton cœur  – Cie AKOREACRO

L’équilibre dramaturgique de ce spectacle se construit autour de l’histoire d’un couple lambda. Poétique, banale et parfois malveillante voire brutale ! La théâtralisation donne un axe fort à la construction de cette création circassienne. Le film de la vie d’un couple à la sauce AKOREACRO.

Le thème, ici abordé sur un ton grinçant est saisissable par la plupart d’entre nous qui avons un foyer ou qui en sommes issus d’un. Dans une alternance d’ambiances, brillamment rythmées par les musiciens, la compagnie nous fait vivre la construction d’une relation amoureuse et la vie conjugale qui en découle, comme dans un sitcom circassien. Les péripéties de cette union si banale s’intensifie grâce aux décalages et aux détournements acrobatiques. Des mouvements corporels raccordés à l’électroménager. La technique circassienne n’occupe pas toute la place, comme par modestie théâtrale, les prouesses sont complètement incluses dans la scénographie. Jamais je n’ai vu un si joli cadre aérien aussi bien feutré, la deuxième maison de Cassandra la tentatrice.

Après PFFF et Klaxon, AKOREACRO nous livre une petite pépite pour toute la famille et reste fidèle à leur qualité technique et scénique. A noter leur efficacité remarquable pour les changements de plateaux. Toujours aussi innovants, leurs techniques personnelles sont enrichies et agrémentées de situations comiques. Un création où le spectateur est proche des scènes. Cette scénographie du quotidien nous conduit à rêver de savoir téléphoner comme Claire, l’unique voltigeuse parmi ces dix cuirs. Dans ton coeur est  vif, explosif, doux et parfois laisse des bleus !

Jérôme Cordoba

 

Zooo – Centre National des Arts du Cirque (CNAC)

Le concept : dix-huit jeunes artistes, trois fois vingt minutes, trois faces pour trois gradins. Un spectacle en trois positions pour trois points de vue. Une démonstration d’étrangeté en trois séquences, la même jouée à l’identique à trois reprises. Chaque face présente des disciplines (fil de fer, danse encordée, vélo, anneau aérien, mâts chinois, corde, roue cyr, acrobatie), réunies entre elles par des trappes et dans une intense bizarrerie ambiante. Découvrir pourquoi la trappe s’ouvre et comment un étrange spécimen s’en extirpe est l’une des clés du spectacle.

Un cocktail explosif-électrique contrasté d’une douceur zombiesque relevé par une folie transversale. Voilà de quoi réveiller les sens ! Le charivari incessant de ces 18 sortants du CNAC perturbe alors la tranquillité du spectateur interpellé par leurs constantes apparitions/disparitions. Le rythme soutenu laisse transparaître quelques fragilités, quelques petites imperfections rapidement effacées par le remarquable travail collectif. En effet il n’est vraiment pas facile d’évoluer à dix-huit sur trois scènes, en simultané et interconnecté, dans un espace restreint.

Un travail de reprise du répertoire circassien chorégraphié par Denis Plassard en 2004 repris et adapté sous sa direction par les étudiants. Le reflet d’un monde agité.

Jérôme Cordoba

 

Brut – Marta Torrents

Le corps est presque seulement ça. Dans Brut, quatre artistes danseurs-acrobates se lancent dans une recherche de la vérité, de la beauté de l’humanité. Une mise en mouvement des émotions. Le corps y est poussé, toujours amené un peu plus loin. Tordu, coincé, il demande, il répond. C’est brut jusqu’à la brutalité parfois. Contre soi, avec l’autre. Malgré une cohérence narrative limitée, tout ça prend la forme d’une reprise de pouvoir sur soi. Une danse, une torsion vers une exultation. Il s’agit de faire résonner les sentiments et les émotions dans la chair, les os, les articulations.  Et même la parole devient matière. Même la poussée vers l’artifice, vers les jeux de pouvoirs et les faux-semblants, vers la direction brutale des êtres, n’arrive pas à durer. Au fond, le corps-coeur ne trompe jamais.
T. B.

Là – Baro d’evel

Mais si tout a été fait, il faut bien qu’on en fasse quelque chose de là, maintenant“. Tu vois ta trajectoire de vie, tes questionnements et ton corps qui n’arrive pas à s’exprimer ? Tu vois les oiseaux dans le ciel qui te rappellent que la vie ne dure pas ? Tu vois tout ça ? Et tu te demandes comment faire pour vivre simplement, relâché, “être là”. Comment tu peux faire, ici est maintenant pour bouger, dessiner, chanter, exister, aimer. Être sur que c’est bon. Que l’autre est avec toi et que toi tu es avec toi. c’est ça. Et le tout raconté dans un univers d’une simplicité noire et blanche qui devient un monde d’expression sans limite dans lequel évolue un homme et une femme, un grand et une petite. Et tout autour se bâti une création sonore, picturale, corporelle. est un affrontement de la complexité de l’existence. Et toutes les armes sont permises : le comique des acrobaties absurdes d’un clown triste, des chants riches et enivrants, les danses à deux, les épaules de l’autre, les facéties d’un volatile, les micros transformés en marteaux, les traits noirs et larges, les trous dans les murs, les onomatopées sauvages. Du rire aux larmes, des frissons à la joie, est un voyage en forme de claque, une façon de donner au monde d’aujourd’hui une superbe mélodie.
T. B.
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