Circa 2018
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Festival du cirque actuel, CIRCa 2018 : chroniques

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Du au CIRCa - Auch

Pour cette 31e édition du festival du cirque actuel de CIRCa, nous vous proposons une série de chroniques de spectacles. Histoire de savoir à quoi ressemble le cirque en 2018, quelles formes sont développées, quelles thématiques explorent les artistes. Un point d’étape sur une histoire artistique. Du plaisir et des émotions à partager.

DRU, Trapèzes sous tension – La JUNE

DRU, c’est un portique, pour deux trapèzes. Un tapis et rien d’autre… C’est aussi deux femmes : la simplicité et la sincérité. Un trapèze c’est deux cordes et une barre, pour une pratique athlétique, mais pas ici… Là il est à portée d’un saut bras tendus, il est alors déstructuré, le ballant devient latéral. Sans laisser de côté la rigueur physique, elles nous offrent une musique percutante et douce à l’image de leur pratique de cet agrès iconique.

La finesse de leur jeu, la douceur du chant, vous oblige à soigner notre rire. Le paradigme clownesque est présent par la volonté de rendre beau ce qui ne l’est pas et de transformer les fragilités en force. DRU, c’est Délicat et Refuse l’Uniformisation et c’est Doux et Révolutionne l’Unité. DRU, c’est Drôle, Raffiné et Unique. Sous la douche de lumière finale, le corps tremblant nous surprend, Un rafraîchissement qui suspend toute intention.

Jérôme Cordoba

Le Gros sabordage – La Mondiale générale

Un plateau vide, une douche, un peu de silence. Un lecteur indique au public : « Vous avez le droit de… » … de vous échapper du rythme infernal de nos vies ! Car dès la situation de départ on nous laisse décortiquer chaque mouvement. Comme lors de cette traversée de scène collective en équilibre sur un madrier. Commençant à vingt centimètres, ils finiront à quatre sweats capuches colorés sur le même basting à un mètre du sol.

Leurs déplacements interdépendants sont silencieux, seul quelques soupirs et claquements de bois viennent alimenter l’ambiance sonore. Dans cette épreuve d’équilibrisme, il est indispensable de prendre son temps. Tout au long du spectacle ils dénaturalisent leurs exploits collectifs au profit de l’absurde et cela juste avec un simple geste ou un regard.

Le rythme est pulsé par le mouvement d’un cerceau, d’abord hypnotisant par ses isolations horizontales, il devient un challenge partagé. Faire du hula hoop à cinq, c’est une épreuve de force. Le micro posé sur le plancher amplifie son grincement, le son du cerceau et des corps. La respiration de l’artiste à la tâche et ses gémissements transpirent l’humanité dans cet absurdité ambiante. Mis en relief par la mini-sono se baladant dans le public, il semble un instant vous souffler dans le cou le vent de sa fragilité.

Le fond de scène s’avance, se referme pour accentuer la sensation d’intimité qui sera complète lorsque les hommages au défunt seront annoncés. Le public supporte alors le deuil de ces hommes et de cette femme se livrant à cette renversante épreuve.

Après Sabordage !, Le Gros sabordage s’appuie sur des éléments communs pour démontrer la finesse du silence et sa « mise en tension relâchée » nous offre un humour tout aussi fin.

Jérôme Cordoba

 

Saison de Cirque – Cirque Aïtal

D’habitude, Kati + Victor = Cirque Aïtal. Mais pour cette création, à contre-courant des formats économiques dominants, ils font le pari d’une création intégrant onze artistes au plateau.

C’est pourquoi ce nouveau spectacle collectif est attendu… Comment vont-il intégrer leur virtuosité et inclure ces nouveaux artistes sur la piste ?

Après 15 ans de carrière, Victor et Kati prennent le risque de l’altruisme. Lui, le mastoc bourru, et elle, la clown catapultée invitent d’autres circassiens à partager la piste, comme pour y dessiner tout ce qui se fait aujourd’hui dans cet art.

La pluie, ennemie du monteur de chapiteau, pose une première image au centre de la piste. Une mise en scène théâtrale vite rattrapée par les codes du cirque traditionnel. Tous les éléments de ce cirque y sont représentés : chapiteau, piste, clown, cheval, roulements de tambour, paillettes. Mais ces traditions sont revisitées pour offrir une mise en abîme des loges, avec un rideau de fond de scène qui se déplace autour de la piste. Il permet de redynamiser les entrées/sorties et créer une mini-scène en soi.

Les disciplines sont elles aussi à cheval entre le cirque d’hier et d’aujourd’hui : barre russe, massues, dressage, voltige équestre, chaîne aérienne et bien entendu banquine et acro-portés.

En fond, quatre musiciens entament des airs de ska pour pulser l’action et accompagnent de cymbales et autres instruments les gestes des circassiens. Ils mettent ainsi en valeur le travail clownesque de Kati ou les triples saltos à la barre russe.

Un vrai spectacle familial pour les frileux du cirque métaphysique. Et ça fait du bien de voir « ce putain de clown ! »

Jérôme Cordoba

 

Météore – Compagnie Aléas

Un plancher sur la piste. Une échelle double sur le plancher. Un couple sur l’échelle. Un battement de cœur pour amorcer… Pas un mot. Pas de pas au sol. Elle ne descendra pas.

Mais pourquoi lui, mettra pied à terre ? Après quelques traversées, une rengaine s’installe, le cœur s’emballe, faisant alors vibrer le plancher.

L’échelle claque sous les mains de ce couple, une relation acrobatique en dent de scie, une ascension en constant contrepoids, la descente qui en découle.

Le rythme intensifié par les distorsions sonores conduit à un renversement structurel, avec ces deux corps opposés en suspension, équilibrant l’objet. Ce spectacle peut se lire comme la vie d’un couple : sinusoïdale, symbiotique et fragile… ou bien constante, interdépendante et puissante.

Jérôme Cordoba

 

Dans ton cœur  – Cie AKOREACRO

L’équilibre dramaturgique de ce spectacle se construit autour de l’histoire d’un couple lambda. Poétique, banale et parfois malveillante voire brutale ! La théâtralisation donne un axe fort à la construction de cette création circassienne. Le film de la vie d’un couple à la sauce AKOREACRO.

Le thème, ici abordé sur un ton grinçant est saisissable par la plupart d’entre nous qui avons un foyer ou qui en sommes issus d’un. Dans une alternance d’ambiances, brillamment rythmées par les musiciens, la compagnie nous fait vivre la construction d’une relation amoureuse et la vie conjugale qui en découle, comme dans un sitcom circassien. Les péripéties de cette union si banale s’intensifie grâce aux décalages et aux détournements acrobatiques. Des mouvements corporels raccordés à l’électroménager. La technique circassienne n’occupe pas toute la place, comme par modestie théâtrale, les prouesses sont complètement incluses dans la scénographie. Jamais je n’ai vu un si joli cadre aérien aussi bien feutré, la deuxième maison de Cassandra la tentatrice.

Après PFFF et Klaxon, AKOREACRO nous livre une petite pépite pour toute la famille et reste fidèle à leur qualité technique et scénique. A noter leur efficacité remarquable pour les changements de plateaux. Toujours aussi innovants, leurs techniques personnelles sont enrichies et agrémentées de situations comiques. Un création où le spectateur est proche des scènes. Cette scénographie du quotidien nous conduit à rêver de savoir téléphoner comme Claire, l’unique voltigeuse parmi ces dix cuirs. Dans ton coeur est  vif, explosif, doux et parfois laisse des bleus !

Jérôme Cordoba

 

Zooo – Centre National des Arts du Cirque (CNAC)

Le concept : dix-huit jeunes artistes, trois fois vingt minutes, trois faces pour trois gradins. Un spectacle en trois positions pour trois points de vue. Une démonstration d’étrangeté en trois séquences, la même jouée à l’identique à trois reprises. Chaque face présente des disciplines (fil de fer, danse encordée, vélo, anneau aérien, mâts chinois, corde, roue cyr, acrobatie), réunies entre elles par des trappes et dans une intense bizarrerie ambiante. Découvrir pourquoi la trappe s’ouvre et comment un étrange spécimen s’en extirpe est l’une des clés du spectacle.

Un cocktail explosif-électrique contrasté d’une douceur zombiesque relevé par une folie transversale. Voilà de quoi réveiller les sens ! Le charivari incessant de ces 18 sortants du CNAC perturbe alors la tranquillité du spectateur interpellé par leurs constantes apparitions/disparitions. Le rythme soutenu laisse transparaître quelques fragilités, quelques petites imperfections rapidement effacées par le remarquable travail collectif. En effet il n’est vraiment pas facile d’évoluer à dix-huit sur trois scènes, en simultané et interconnecté, dans un espace restreint.

Un travail de reprise du répertoire circassien chorégraphié par Denis Plassard en 2004 repris et adapté sous sa direction par les étudiants. Le reflet d’un monde agité.

Jérôme Cordoba

 

Brut – Marta Torrents

Le corps est presque seulement ça. Dans Brut, quatre artistes danseurs-acrobates se lancent dans une recherche de la vérité, de la beauté de l’humanité. Une mise en mouvement des émotions. Le corps y est poussé, toujours amené un peu plus loin. Tordu, coincé, il demande, il répond. C’est brut jusqu’à la brutalité parfois. Contre soi, avec l’autre. Malgré une cohérence narrative limitée, tout ça prend la forme d’une reprise de pouvoir sur soi. Une danse, une torsion vers une exultation. Il s’agit de faire résonner les sentiments et les émotions dans la chair, les os, les articulations.  Et même la parole devient matière. Même la poussée vers l’artifice, vers les jeux de pouvoirs et les faux-semblants, vers la direction brutale des êtres, n’arrive pas à durer. Au fond, le corps-coeur ne trompe jamais.
T. B.

Là – Baro d’evel

Mais si tout a été fait, il faut bien qu’on en fasse quelque chose de là, maintenant“. Tu vois ta trajectoire de vie, tes questionnements et ton corps qui n’arrive pas à s’exprimer ? Tu vois les oiseaux dans le ciel qui te rappellent que la vie ne dure pas ? Tu vois tout ça ? Et tu te demandes comment faire pour vivre simplement, relâché, “être là”. Comment tu peux faire, ici est maintenant pour bouger, dessiner, chanter, exister, aimer. Être sur que c’est bon. Que l’autre est avec toi et que toi tu es avec toi. c’est ça. Et le tout raconté dans un univers d’une simplicité noire et blanche qui devient un monde d’expression sans limite dans lequel évolue un homme et une femme, un grand et une petite. Et tout autour se bâti une création sonore, picturale, corporelle. est un affrontement de la complexité de l’existence. Et toutes les armes sont permises : le comique des acrobaties absurdes d’un clown triste, des chants riches et enivrants, les danses à deux, les épaules de l’autre, les facéties d’un volatile, les micros transformés en marteaux, les traits noirs et larges, les trous dans les murs, les onomatopées sauvages. Du rire aux larmes, des frissons à la joie, est un voyage en forme de claque, une façon de donner au monde d’aujourd’hui une superbe mélodie.
T. B.
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