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Qui sont les nouveaux bouquinistes ?

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La deuxième vie des livres a changé. Désormais grâce à Internet et à de nouvelles pratiques de partage, les bouquins s’échangent et sont accessibles via de multiples canaux. Et les livres continuent de vibrer bien après leurs ventes en librairie.

Comment qualifier aujourd’hui le métier de bouquiniste ? Le marché du livre d’occasion a depuis 20 ans considérablement évolué avec l’explosion d’Internet qui a créée de nouveaux circuits de distribution et redéfinit à la fois le métier et les pratiques.

L’Observatoire de l’économie du livre (Ministère de la Culture) s’intéresse depuis peu à cet essor du marché du bouquin d’occasion, tentant d’en tracer les évolutions récentes. Un peu plus de 20% des acheteurs de livres ont acheté au moins un livre d’occasion (hors scolaire) au cours de l’année, pratique en constante progression, le livre étant le deuxième produit culturel le plus revendu après les jeux vidéo.

Marketplace ou Green attitude ?

Internet a créé l’apparition des puissantes marketplaces (plateformes de vente en ligne), comme Amazon et sa gigantesque base de données (et le gros vendeur mondial Momox), Priceminister (devenu Rakuten) ou le site de la FNAC, pour ne citer que les trois plus importants. Libraires et bouquinistes ont dû s’adapter à cette concurrence féroce, ces transactions sur le web étant devenues un acteur majeur de la vente de livres. Si la plupart des professions traditionnelles se sont adaptées en créant leurs propres sites de vente en ligne, d’autres circuits de diffusion et de vente sont apparus, basés sur des critères éco- citoyens.

Les bourses aux livres, les braderies de bibliothèques procédant à des « désherbages », ou bien encore les collectes gratuites traduisent l’émergence d’une économie solidaire, symbolisée par exemple par Recyclivre, entreprise parisienne créée en 2008 qui s’engage dans sa charte à reverser 10% du prix de vente des livres vendus à des associations « ayant des actions concrètes en faveur de l’éducation et de l’écologie », le tout avec un souci de « réduire au maximum [leurs]émissions de CO2 ».

Autre tendance « green », le bookcrossing (actuellement 1,9 millions d’utilisateurs dans le monde, et près de 13 millions de livres en train de voyager dans 132 pays), consistant à déposer dans la nature des livres déjà lus pour qu’ils circulent librement entre lecteurs.

On peut donc tomber, au détour d’un banc public, sur une édition de son auteur préféré, le tout étant de libérer après lecture l’exemplaire, ou un autre, pour qu’un second lecteur potentiel le découvre. Cette pratique a favorisé l’émergence des « bibliothèques de rue », et a permis à tout un chacun de libérer ses livres où bon lui semble, sans pour autant s’inscrire sur la plateforme.

Toutes ces constatations pointent que l’effacement physique du livre, annoncé de façon assez dramatique à l’apparition des e-books vouant de façon péremptoire à la recherche du temps perdu aux seules tablettes numériques, n’est pas encore pour demain.

Tsundoku ou revente ?

De nos jours la plupart des libraires d’occasion réalisent une bonne partie de leur chiffre d’affaires sur le web. Et si n’importe quel « uber-particulier » peut désormais s’improviser bouquiniste en revendant ses livres sur Internet en scannant simplement un code-barres, les librairies existent encore. Elles renvoient à ce que pointent les différentes constatations citées plus haut : l’amour des livres, et le plaisir pour certains lecteurs, le plus souvent grand consommateur littéraire, à fouiner dans des rayonnages à la recherche d’un exemplaire.

Si, comme le dit avec humour l’écrivain Charles Dantzig, « le libraire d’occasion est aussi mal payé que l’écrivain », il transmet encore cette passion des livres dans sa boutique. Tout d’abord bibliophile, il continue toujours à vider des appartements, allégeant les bibliothèques de particuliers suite à des successions ou des déménagements, rachetant des mètres cubes d’ouvrages divers sans trop vraiment savoir sur quoi il va tomber.

Il persiste à fréquenter les salons de vente, à évaluer consciencieusement les poches bourrées de livres apportées par des individus désireux de faire du vide chez eux, ou atteint de tsundoku dévorante, « maladie » entendue comme l’art d’empiler des bouquins dans son appartement sans les lire.

Marché et brocantes : Vive la Crise !

A Toulouse, ce marché physique de l’occasion se porte bien. Outre plusieurs bouquinistes situés rue des Lois ou rue du Taur, il existe l’excellent Loup bleu (rue Riquet), le bouquiniste brocanteur du Pont-Neuf, la librairie Saint-Étienne (rue de Metz)… Ainsi que de nombreux marchés aux livres rythmant les jours de la semaine : place Saint-Cyprien le lundi, place du Capitole le mercredi, le jeudi à Arnaud-Bernard, le vendredi à Saint-Pierre, le samedi place Saint-Étienne, et le dimanche sur les allées François-Verdier.

Sans compter brocantes et autres vide-greniers apparaissant dès les beaux jours. Faisant également partie du paysage, l’enseigne Gibert Joseph, présente dans notre ville, fait au niveau national 30% de son chiffre d’affaires en vente de livres d’occasion, et propose avec ses étiquettes jaunes de nombreux livres récents de seconde main.

De quoi ravir les amoureux de la littérature, privilégiant encore contacts et conseils, même s’ils se sont adaptés à l’ère du web. Selon le panel consommateurs de GfK, sur toute la période de 2014 à 2016, « un livre d’occasion sur deux a été acheté sur Internet (tous canaux Internet confondus : sites de grandes surfaces ou de librairies, pure players généralistes, plateformes de type Priceminister ou eBay) ». Une conséquence de ce que le sociologue Vincent Chabault appelle « la France du Bon coin », phénomène issu de la crise économique de 2008, le livre n’ayant pas échappé à cette nouvelle donne. Le e-commerce n’a donc pas tué l’objet et à a contrario multiplié ses vies, croisant ainsi difficultés financières et conscience écologique.

Le bouquiniste, avec sa librairie encombrée du sol au plafond d’ouvrages, reste un élément certes fragile de ce monde hésitant, mais est toujours là, perpétuant la tradition des colporteurs de livres du XVI e siècle. Les bouquinistes parisiens des quais de Seine sont d’ailleurs inscrits au patrimoine culturel immatériel français depuis février 2019.

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